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Le poto du Minotaure
Quelle belle surprise ! On tient là l’un des meilleurs films d’animation européen de la décennie ! Je dis européen car Icare a été coproduit par le Luxembourg, la Belgique et la France. Son...
le 13 mai 2026
Quelle belle surprise ! On tient là l’un des meilleurs films d’animation européen de la décennie ! Je dis européen car Icare a été coproduit par le Luxembourg, la Belgique et la France. Son réalisateur-animateur Carlo Vogele est Luxembourgeois mais vit en France. Il a étudié l’animation à la mythique Ecole des Gobelins à Paris, avant de travailler pour le studio Aardman (Wallace et Gromit, Chicken Run, Shaun le Mouton, Cro Man) puis l’iconique maison Pixar (il travaille sur des films comme Toy Story 3, Cars 2, Rebelle et Monstres Academy). Pour faire simple, si Icare est son tout premier long métrage (la conception lui aura pris six ans !), le monsieur n’est pas n’importe qui !
Le réalisateur raconte d’ailleurs : « j’ai vraiment connu la culture du blockbuster avec beaucoup de processus de validation à rendre fou les animateurs qui devaient recommencer et recommencer encore. En Europe, et parce que les budgets sont aussi plus serrés, les décisions se prennent plus rapidement. En tant qu’auteur, on parvient à faire réellement le film que l’on souhaite ».
On connaît Icare – figure emblématique de la mythologie grecque – principalement par le prisme de l’histoire de Thésée, fils d’Egée, roi d’Athènes. Depuis la défaite des Athéniens face à Minos, roi de Crète, ce dernier exige que les vaincus lui envoient tous les 9 ans un tribut de sept jeunes hommes et de sept jeunes filles, destinés à être jetés en pâture au Minotaure. Thésée décide de mettre fin à cette pratique : il se porte volontaire pour partir en Crète et vaincre le monstre. Ariane, fille de Minos, tombe follement amoureuse du beau grec fraichement débarqué sur l’île. Bouleversée à l’idée de perdre Thésée – et sur les conseils de Dédale, père d’Icare et brillant ingénieur à l’origine de la conception du labyrinthe du Minotaure (dont le nom est passé à la postérité pour désigner un lieu où il est facile de se perdre) – Ariane noue un fil à la cheville de Thésée afin que le héros retrouve son chemin une fois entré dans le labyrinthe. Ayant découvert la supercherie et les trahisons d’Ariane et Dédale, le roi Minos enferme l’ingénieur et son fils Icare dans le labyrinthe. Pour fuir la Crète où il est désormais persona non grata, Dédale, en ingénieux inventeur, fabrique pour son fils et lui des ailes confectionnées avec de la cire et des plumes. Le stratagème fonctionne, mais pour rester dans les airs, les deux hommes-oiseaux ne doivent ni voler trop bas – l’humidité de la mer pourrait abimer les ailes – ni trop proche du soleil – dont la chaleur ferait fondre la cire…
Le film de Carlo Vogele prolonge très adroitement le mythe en imaginant les événements qui ont précédé l’arrivée de Thésée en Crète. Le long métrage s’ouvre en effet sur la naissance du Minotaure, également appelé Astérion, cette création à corps d’homme et tête de taureau, née de l’union de Pasiphaé (l’épouse de Minos) et d’un taureau blanc envoyé par Poséidon. La mythologie raconte que la bête est ensuite enfermée dans le fameux labyrinthe construit par Dédale. Mais il existe un trou chronologique, correspondant à l’enfance du Minotaure et à la construction – qui ne s’est évidemment pas faite en un jour – du dédale. C’est là que toute l’ingéniosité de Carlo Vogele et sa co-scénariste Isabelle Andrivet opère ! Dans le dossier de presse, le réalisateur explique : « Quand j’ai cherché un héros de la mythologie, Icare m’est apparu comme une page blanche. Le mythe ne tourne que sur l’envol et la chute. Quand on lit les textes chez Ovide, il y a très peu de détails supplémentaires. »
Sous le prisme de la vision enfantine d’Icare, le duo imagine que le Minotaure est d’abord caché du monde, enfermé dans une vaste pièce du palais royal. Pendant que son père s’affaire à la conception et aux travaux de son labyrinthe, commande du roi Minos, notre fougueux Icare découvre l’existence d’Astérion et va se lier d’amitié avec le monstre. Plus qu’une bête féroce, notre jeune héros découvre en lui un être doux, contraint, et profondément malheureux.
Cette première partie du film est tout à fait fascinante. Un novice en mythologie grecque ne pourrait discerner ce qui relève de la fiction antique et ce qui appartient à l’imagination des scénaristes. L’histoire est touchante, et la réinterprétation très audacieuse ! Les éléments qui enrichissent la narration apportent une poésie totalement bienvenue.
L’esthétique de l’animation est également particulièrement soignée, elle se rapproche d’un trait de bande dessinée. Chaque image est belle et change le spectateur des conceptions 3D standardisées actuelles venues d’Amérique. Les personnages sont bien écrits, attachants et complexes. L’histoire est redoutablement intelligente : Icare a la puissance des films d’animation qui plaisent autant aux petits qu’aux grands.
Malgré d’excellentes critiques, la sortie du film en 2022 a été un four. A peine plus de 85 000 entrées : un désastre pour un film d’animation. Pourtant, Icare est une vraie pépite, un beau coup de cœur à découvrir sans tarder !
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le 13 mai 2026
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