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Si on découvre tardivement comme moi (en 2021) ce film de 1955, c'est dans l'après-coup de la carrière achevée d'un maitre. L'originalité de Fellini nous avait secoué aux sorties successives de La Dolce Vita (1960), de Boccace 70 (1962), de Huit et Demi (1963) et du fabuleux Roma, 1972 (et peut-être qu'elle nous avait dérangé dans le Satyricon, 1969). Aussi cherche -t-on dans cette oeuvre des débuts (ce film est son cinquième, et son premier date de 1950) pourquoi la narration de Fellini est si accrocheuse.
On y retrouve un paradoxe, peut-être sa singularité : il sait filmer des situations très réalistes avec beaucoup de minutie, tout en aiguisant leur composante caricaturale.
Ici ce sont les mauvais coups d'un trio d'escrocs, joués par Broderick Crawford, Richard Basehart et Franco Fabrizi. Parfois, la caricature va jusqu'au grotesque mais cela n'enlève rien à la crédibilité, et le comique n'enlève rien non plus à leur noirceur parfois tragique. Mais il aime aussi, dans le même film, inverser les deux niveaux. Il nous présente d'autres séquences (plus complexes, avec une foule de personnages) qui sont des caricatures fascinantes de moments sociaux communs, sans rien d'illégal, comme par exemple, le réveillon chez Rinaldo. Les situations sont trop denses ou trop riches pour être crédibles, et pourtant on les reçoit comme les reflets réalistes de lamentables conduites groupales répandues chez les humains.
On retrouve ces deux aspects de la narration dans ses autres films (du moins ceux que j'ai vus). On pourrait même dire que le réveillon chez Rinaldo dans Il Bidone pourrait être une séquence que plus tard La Dolce Vita amplifie en un film entier. Ce n'est pas un simple brouillon : la séquence est brillante telle qu'elle est, comme si elle était une nouvelle de quelques pages, complète, qui sera transformée en un roman.
Ainsi dans son sketch de Boccace 70, dans Huit et demi, et encore plus dans Roma, cette double trame (enchevêtrement d'une caricature grotesque et d'un réalisme cru) est toujours à l'oeuvre. Mais dans ces trois films s'y ajoutent des expansions oniriques.
A la différence des films de ses débuts comme Il Bidone (où ces déploiements sont absents), elles font flamboyer son style (fantasmes avec la publicité de Anita Ekberg dans Boccace 70, digressions mémorielles ou imaginaires dans Huit et Demi, défilé de mode ecclésiastique dans Roma). L'art tardif de Fellini s'est enrichi d'onirisme alors que, dans Il Bidone, son style particulier est, de ce point de vue, incomplet.
En quoi cela importe ? C'est que Il Bidone ne m'incite pas à voir ses autres films de la même époque, ceux des années 50 : tout subtil qu'il soit, cet art-là, celui de ses débuts, est trop triste.
Si les film suivants partagent avec lui la sévérité du réalisme ou la noirceur de la caricature, l'onirisme qu'il y ajoute à partir des années 60 apporte une réjouissance qui combine de la vitalité, de la joie, et elle nous élève car nous ne sommes pas réduits à être seulement les témoins d'une humanité dégradée.
C'est cette ironie et cette auto dérision "felliniennes" alors combiné à de l'optimisme, comme ce dernier plan de Roma (quand la Magnani le pousse dehors en riant : "Federico, rentres chez toi !") qui sont peut-être ce qui rend son oeuvre si attractive.
On aime revoir ceux de ses films qui nous font passer un moment heureux - et non pas un moment triste comme dans Il Bidone.
(Notule de 2021 publiée en aout 2025)
Créée
le 26 août 2025
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