Il y a des fois où ça n'accroche pas. Tout vous échappe, rien ne semble coller, vous avez l'impression de ne pas parler la même langue que le cinéaste. Vous avez beau reconnaître les qualités techniques et artistiques du film, rien n'y fait. Comme quoi, l'art pour l'art a quelque chose de vain, quand on y pense. Tant qu'il n'y a pas cette sorte de fusion avec l'artiste et l'essence de ce qu'il propose, toute démarche n'est qu'artifice.


Oui, j'ai été vraiment déçu par ce Leone. Il y a deux semaines pourtant j'avais été sonné par la puissance de son western Le Bon, La Brute et Le Truand. Mais là, je suis resté de marbre. Seules quelques scènes sont parvenues à me faire esquisser un sourire. Le génie est là, indéboulonnable. Il transparaît dans son sens du cadre, de la narration, de la lumière et des multiples trouvailles cinématrographiques. Je pense par exemple à cette scène qui transforme une sonnerie de téléphone en un formidable maillon intertemporel (la sonnerie relie 3 époques, les mêmes qui constitueront la trame chronologique du film). On sent que tous les plans, sans exception, sont archi-travaillés. C'est un réalisateur qui aime faire du cinéma, qui refuse de se laisser aller à la facilité; il est dans une recherche constante de création. Et rien que pour ça, Il était une fois en Amérique constitue un magnifique chant du cygne pour un des monstres de l'histoire du cinéma.


Seulement voilà, je ne suis pas allé voir ce film pour recevoir une leçon de cinéma, aussi bluffante soit-elle. Je m'y suis rendu pour voir un chef d'oeuvre. Recevoir une claque. Etre littéralement emporté par chacune des scènes, mais aussi par l'histoire de ces personnages. Malheureusement je n'ai jamais vraiment été conquis par Noodles (Robert De Niro, il est vrai impressionnant en père la mafia mélancolique),Max (James Woods, très bon, que j'avais découvert dans Vidéodrome de Cronenberg), et leur course à la réussite.


C'est très perturbant d'ignorer les raisons qui nous font passer à côté d'un film, qui plus est une oeuvre que la majorité dépeint comme l'un des monuments majeurs du cinéma. Comme si nous ne pouvions pas avoir toutes les clés. L'entrée nous est refusée. Tant pis. Peut-être une autre fois.

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le 13 août 2015

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