J'ai beaucoup aimé. Je me hâte de l'écrire parce que ce que je retiens avant tout du film ou disons plutôt ce qui me vient immédiatement à l'esprit à la fin du film c'est l'espèce de misogynie qui semble s'en dégager. Je n'ai pas le souvenir que les femmes aient de manière systématique et continue dans les autres Lubitsch des personnalités aussi faibles, aussi peu morales, des places aussi peu reluisantes. Bien au contraire, les femmes lubitschiennes sont habituellement aussi fûtées et couillues que les hommes. Il y a bien souvent un souffle, une modernité dans son regard sur les femmes que je ne retrouve pas ici. Lubitschiennes... "de garde" pourrait-on dire.

Madame Korda, Merle Oberon, n'interprête pas une imbécile, loin s'en faut, m'enfin, elle est plutôt manipulée par son mari. Son mari aimant tient le beau rôle ; on ne peut que difficilement avancer la réciproque. C'est bien lui le seul à mener les affaires. On s'attend avec Lubitsch à une partie de ping pong amoureux, à ces échanges survoltés et intelligents. Ici, la femme ne renvoie pas vraiment les balles. Le mari parait être le seul en mesure de sauver le couple, à extirper brillamment son épouse des griffes adultérines.

Tenez, parlons-en de l'amant! Burgess Meredith joue un personnage ô combien truculent à souhait, certes, mais dont on peine à imaginer un réel sex-appeal sur une femme moderne. Cela fonctionne avec celle-ci parce qu'elle est infoutue de voir la vacuité de la posture autoromantique et cynique de l'artiste maudit, incompris, mon cul sur la commode, bien commode.

Le personnage de la secrétaire (Eve Arden), femme moderne en apparence, libérée, consentante, franche, délurée, dévoile paradoxalement par sa vision de la situation une conception des relations amoureuses complètement arriérée, voire machiste, complice des hommes. Sa liberté est à ce prix. Sa liberté se joue dans sa capacité à devenir, à penser en homme, non à affirmer librement sa féminité, sa personnalité propre etc, bref, la véritable femme moderne comme on l'entend de nos jours. C'est un personnage très drôle, peut-être le plus perfidement comique même, l'on ne s'attend pas à un tel retournement de personnalité sociale chez elle. Ses réparties incongrues dans la bouche d'une femme à cette époque ajoutent à la drôlerie du personnage. Mais je ne suis pas habitué à renconter chez Lubitsch ce procédé comique, cet usage de l'image de la femme.

Parce que je maintiens que le film est très bon, plein d'humour, je le répète. La mécanique de cette comédie est parfaitement huilée même si elle reste en deçà de la maestria d'un Trouble in paradise ou de To be or not to be.
Alligator
8
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le 15 févr. 2013

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Alligator

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