En 1996, l'excellent Alex van Warmerdam (que devient-il ?) tournait La robe, l'histoire d'un vêtement qui semait le malheur auprès de ses propriétaires successives. Un conte absurde dont le thème inspire à son tour Peter Strickland qui pousse plus loin encore le curseur, lui l'amateur de Gialli, l'esthète précieux et pervers dont les trois premiers longs-métrages n'ont pas laissé indifférents ses spectateurs. Encore plus conceptuel que ses précédents, In Fabric laisse libre cours à la fantaisie baroque de son auteur qui se soucie assez peu de réalisme ou de vraisemblance dans un récit qui frôle l'horrifique et fait surtout preuve d'un humeur sardonique qui suscite rires jaunes voire franche hilarité, à condition d'aimer ce type d'humour (le producteur du film est Ben Wheatley, autre dynamitero britannique). On peut y voir évidemment une sorte de critique acerbe de la société de consommation à travers ses soldes sauvages (une scène de folie est à noter dans ce registre) et du culte du corps. C'est en tous cs un exercice de style assez mal élevé et au goût parfois douteux malgré son élégance qui hérissera le poil de certains et fera jubiler les autres : pas de demi-mesure ! Quel que soit son ressenti, il faut bien admettre la virtuosité de la mise en scène, le soin maniaque apporté au son et la dinguerie cohérente de sa narration. Un film culte en devenir mais pas pour tout le monde, c'est une certitude.