Ce film m'a fichu une de ces claques ! Et je serais plus que ravie de tendre l'autre joue pour recevoir d'autres baffes de ce calibre. Hélas, ce genre de surprise miraculeuse est rare. Mais n'est-ce pas justement la rareté de ces pépites qui décuple le plaisir quand on les découvre ?
Le seul truc qui me rend triste, c'est que je ne ressentirai jamais plus une décharge d'adrénaline aussi intense quand je reverrai le film.
Si, comme moi, vous en avez ras le bol des jump scares, des effets spéciaux, des effusions de sang inutiles, et que vous désirez revenir aux fondamentaux de la peur, ce film est fait pour vous. Si vous recherchez les peurs primitives, la frousse viscérale, les frissons de malaise dans le dos, foncez. Le film utilise génialement deux peurs fondamentales et universelles : celle suscitée par une forêt la nuit et celle de se perdre. Ça tombe bien, ce sont mes plus grosses frousses.
Le début du film qui voit le couple chercher en vain un hôtel où ils ont réservé une chambre est hyper flippant. C'est d'autant plus efficace que le réalisateur fait monter l'inquiétude du couple très lentement, jusqu'à atteindre un affolement parfaitement crédible. Les réactions des personnages sont d'une extrême justesse et le spectateur sent la même boule au ventre. J'ai rarement ressenti un malaise aussi aigu. Ça m'a rappelé celui que j'ai ressenti devant "Vivarium" et son quartier pavillonnaire sans limites.
Les étroites routes de la campagne irlandaise finissent par ressembler à un infernal labyrinthe dans lequel le pauvre couple tourne en rond, suivant vainement jusqu'à la nuit des pancartes indiquant un hôtel qui ne semble pas exister. A la sensation de désorientation et de claustrophobie va alors s'ajouter la peur de l'obscurité et de dangers inconnus tapis dans la forêt ou qui guettent sur bas côtés de la route. Un troisième personnage va surgir de la nuit, un jeune homme énigmatique qui va monter à bord de la voiture...
Dans "In Fear", vous vivrez une authentique descente aux enfers, un cauchemar malsain, noir et poisseux sans aucun répit. Si c'est votre truc, vous allez adorer.
L'expérience est d'autant plus insoutenable que les deux personnages principaux sont sympathiques et immédiatement attachants. Leur calvaire est le nôtre. L'incroyable empathie qu'on ressent est aussi due au dispositif narratif particulièrement audacieux : un huis clos de presque 1h30 à bord d'une voiture qui ne s'arrête pratiquement jamais de rouler. L'idée est très casse-gueule mais le défi est brillamment relevé. Les souffrances sans temps mort vécues par le couple finissent par être insoutenables. La nuit semble vraiment sans fin.
La réalisation est virtuose et étonnante, utilisant abondamment des gros plans extrêmes sur les visages angoissés et les regards hallucinés des acteurs.
Les trois acteurs, qui me sont inconnus, sont fantastiques. La bande sonore est impressionnante sans être invasive et utilisée avec une grande efficacité.
Non, vraiment, ce petit film ne mérite que des louanges.