Le vide après l’explosion : Independence Day: Resurgence, ou l’échec d’une résurrection

On ne revient jamais impunément sur les lieux d’un triomphe. Ce qui fut fulgurance devient calcul, ce qui relevait de l’enthousiasme se mue en stratégie de franchise. Vingt ans après le raz-de-marée planétaire d’Independence Day, Roland Emmerich tente de rallumer la flamme — et ne parvient qu’à faire briller la cendre. Resurgence n’est pas la suite attendue : c’est le revers de son propre mythe, un monument érigé sur le souvenir d’un choc cinématographique, mais incapable de le revivre ni de le réinventer. Le film ne prolonge pas l’élan de son prédécesseur : il le dissèque, l’affadit, le rend inoffensif.


Ce second volet ne manque pourtant pas d’ambition. L’idée de base — une humanité unifiée, renforcée par la technologie alien récupérée après la première invasion — aurait pu donner lieu à une relecture géopolitique du blockbuster. Mais très vite, le film révèle sa vacuité : une avalanche de personnages anonymes, un récit éclaté, des enjeux brouillons. Là où le premier opus brillait par la clarté de sa dramaturgie et la puissance symbolique de ses archétypes, Resurgence s’égare dans une surenchère sans cap ni boussole. Ce n’est plus l’humanité face au gouffre, mais un jeu vidéo en cinématique permanente, où chaque scène semble précéder la suivante sans véritable nécessité interne.


La mise en scène elle-même paraît exsangue. Emmerich, naguère maître du gigantisme structuré, livre ici un spectacle sans rythme, où les images s’enchaînent mécaniquement, comme vidées de toute tension. La destruction de la planète — cette fois à l’échelle continentale — ne provoque plus ni effroi ni fascination. Tout est montré, rien n’est ressenti. Le gigantisme numérique, envahissant et stérile, remplace l’artisanat maîtrisé du premier opus, dont les maquettes, les ralentis et les silences imposaient un certain respect du spectaculaire. Ici, le spectacle est immédiat, bruyant, mais étrangement anonyme : le chaos se confond avec l’ennui.


Le casting, lui aussi, trahit le désenchantement du projet. Will Smith, figure iconique du premier film, est absent. Jeff Goldblum revient, mais en mode automatique. Bill Pullman rejoue son personnage comme un vieil acteur rappelé pour un tour d’honneur embarrassant. Quant aux jeunes visages censés incarner la relève (Liam Hemsworth, Maika Monroe…), ils peinent à exister au sein d’un script qui les traite comme des fonctions scénaristiques plutôt que comme des personnages. L’émotion, naguère au cœur du récit (le sacrifice, la peur, la perte), est ici réduite à des gesticulations convenues.


Sur le plan symbolique, le film passe à côté de son époque. Independence Day premier du nom captait, à sa manière naïve mais puissante, les angoisses de la mondialisation, du 11 septembre anticipé, et du rêve américain vacillant. Resurgence, lui, n’a rien à dire. Son humanité futuriste, censément apaisée et technologiquement avancée, n’offre aucune prise critique. Le film est comme son univers : plat, lisse, sans conflit véritable. Il ne propose ni mythe, ni allégorie, ni catharsis. Tout juste un alignement de péripéties.


En définitive, Independence Day: Resurgence n’est pas un film raté au sens noble — il est vide. Vide de tension dramatique, vide de vision, vide de cette foi naïve dans le spectacle qui faisait du premier opus un rituel collectif. Le feu sacré s’est éteint, remplacé par un écran surchargé d’images qui ne racontent rien.

Kelemvor

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