Avec notamment un Oscar du meilleur film étranger, une nomination à l'oscar de la meilleure actrice pour Catherine Deneuve et plus de 3 millions d'entrées en France, Indochine est un succès à la fois public et critique de l'année 1992.
Le cinéaste Régis Wargnier semble s'inspirer des grandes fresques romanesques à la David Lean, en prenant pour toile de fond l'Indochine française en train de basculer dans l'entre-deux guerres, avec les premiers mouvements à la fois nationalistes et communistes.
La reconstitution de l'époque est superbe - autant par le nombre de figurants, que par les costumes - sans être clinquante, et c'est le point fort du film car cela donne un aspect réaliste. La photographie de François Catonné est également remarquable avec de magnifiques paysages du Vietnam (et de Malaisie), dont la baie d'Halong, ou encore les forêts embrumées d'Hévéas.
Du côté des acteurs, les prestations sont solides et sérieuses, à défaut d’être inoubliables, dont Vincent Perez dans un rôle qui lui collait à la peau au début des années 90. Jean Yanne en chef de la sûreté coloniale et Dominique Blanc, sont intéressants, mais leurs contradictions personnelles sont sous-exploitées. Catherine Deneuve est impeccable en femme voulant tout contrôler mais à qui tout finit par échapper, mais on ne peut pas dire que cela marque outre-mesure.
Malgré cela, l'ensemble reste très académique en manque du souffle romanesque d'un David Lean, voire Peter Weir dans L'Année de tous les dangers (d'ailleurs dans un contexte similaire). Les histoires d'amour utilisent trop de raccourcis pour être crédibles et pour susciter un minimum d'empathie. En effet, la mère et la fille tombent amoureuse du même homme qu'elles rencontrent par hasard chacune de leur côté. On veut nous proposer une intensité émotionnelle des liens mais ceux-ci manquent de bases crédibles pour qu'on y croit (surtout pour les sentiments de Camille survenant comme par magie pour un homme qu'elle n'a jamais vu). Le scénario pêche vraiment à ce niveau là. Il y avait pourtant matière, notamment dans ce contexte coloniale en plein bouleversement politique où la violence est prégnante. Mais là encore, ce contexte est sous-exploité et ses protagonistes avec. Là où un Sergio Leone parvenait un insuffler un fond de radicalité politique tout en lyrisme dans Il était une fois la Révolution, il ressort ici quelque chose d'assez terne. On ne voit que quelques mouvements de rébellions ça et là, mais de façon assez sommaire. L'ensemble est toutefois rehaussé par une dernière demi-heure qui gagne en intensité.
La musique signée Patrick Doyle ne sied pas toujours aux différentes scènes. Mettre par exemple une musique très cadencée sur certaines rébellions charnières enlève de la profondeur au récit.
Il s'agit donc d'un projet ambitieux, comme la durée du film en atteste. L'aspect romanesque entre les trois principaux protagonistes est clairement privilégié, mais cela à tendance à créer certaines longueurs, et ce d'autant plus que cette romance n'est pas forcément bien amenée. C'est dommage car il faut reconnaître que l'ensemble reste majestueux.