Ce scénario original, qui inspirera Scorsese pour réaliser Les Infiltrés, plonge la police et la mafia de Hong-Kong dans un incessant jeu du chat et de la souris. Le film suit, de manière parallèle mais étroitement entremêlée, les destins de Lau (Andy Lau), un gangster infiltré dans les forces de l'ordre et de Chan (Tony Leung), un flic intègre, sous couverture au sein de la triade. Chacun cherche éperdument à démasquer l'autre.
Dans une première partie haletante, au rythme parfaitement maitrisé, la narration juxtapose la vie de ces 2 hommes que tout oppose si ce n'est le principe même qui régit leur vie : le mensonge. Leur identité, entièrement fabriquée, n'est qu'une façade. Ce thème sert de fil conducteur pour ce duo aux aspirations contraires : Chan veut retrouver sa place, tandis que Lau veut pérenniser la sienne. Lau s'avère plus complexe que Chan, plus classique, dans son traitement de policier intègre et taiseux. Son seul endroit de liberté réside chez la psychiatre où transparait sa personnalité réelle et où sa solitude d'infiltré ressort d'autant plus. Que reste-il de son identité après tant d'années à mentir ? Chan veut surtout redevenir lui-même. A l'inverse, Lau, qui a tout réussi avec une carrière, une femme et de la respectabilité, aspire à devenir la personne de bien que les autres voient en lui. C'est la véritable différence entre les 2 protagonistes, celui dans la triade subit sa couverture tandis que l'autre en profite. Mais est-ce si gratifiant en étant contraint de mentir à chaque instant ? Le film ne tombe jamais dans un manichéisme facile opposant le gentil flic au méchant truand.
Les nombreux ralentis, effets de caméra et surimpressions façonnent une identité visuelle impactante et dynamique. La réalisation par ses plans resserrés, souvent cadrés à travers une porte, derrière une vitre, dans un miroir accentue la tension et crée une atmosphère de paranoïa poisseuse même si certains ralentis sont légèrement excessifs.
L'utilisation des téléphones comme objet de surveillance et de communication constantes, reliée par un montage efficace, crée une urgence permanente, chaque sms a un impact prépondérant sur le récit. L'idée ingénieuse du code morse pianoté par Chan amplifie encore le rythme de scènes déjà soutenues. Le film arrive à rendre palpable le stress des personnages sans le besoin d'action.
L’explosive séquence finale survient de manière si brutale qu'elle réussit à nous stupéfier, mais en laissant un gout de déception et d’inachevé. Le film aurait bénéficié d'une 20 de minutes supplémentaires pour approfondir la psychologie des personnages, notamment celle d'Andy Lau, difficile à cerner tant ses volte-face déroutent. On passe d'abord de la détestation à l’empathie, avec l’envie profonde de le comprendre.
Par la force de son scenario et l'excellence de ses acteurs, Infernal Affairs s'impose comme un thriller percutant, efficace et riche en bonnes idées.