Avec Influencers, Kurtis David Harder réussit là où tant de suites échouent : il ne se contente pas d’en rajouter, il repense son sujet. L’intrigue, maligne, joue d’abord avec nos attentes, on croit revenir en terrain connu, puis le récit bifurque, plus ample, plus complexe. D’un côté, Catherine, prédatrice au charisme glaçant, arpente des décors français de carte postale. De l’autre, Madison, rescapée du premier volet, cherche justice. Mais ce jeu de pistes n’est qu’un prétexte : ce qui intéresse Kurtis David Harder, c’est ce que les réseaux font de nos failles. Là où le premier film ciblait la vacuité des influenceurs, celui-ci élargit la focale aux lynchages numériques, à la masculinité toxique qui prospère dans l’ombre des écrans, à cette difficulté grandissante à exister hors de son double virtuel.
La force du film tient à son équilibre. L’humour noir, parfois très noir, allège sans jamais trahir la tension. Kurtis David Harder filme ses personnages cassés avec une précision clinique, sans cynisme : chacun cherche une forme de rédemption, fût-elle vaine. Visuellement, le parti pris est simple mais essentiel : tourner en France, en Thaïlande, loin des studios. Cette beauté réelle souligne par contraste la laideur des comportements, et rappelle que trop de films contemporains ont oublié ce que regarder veut dire.
Surtout, Influencers interroge sans donner de leçon. Il montre des gens qui confondent image et existence, sans jamais les réduire à des caricatures. Jusqu’à un final tendu, violent, mais jamais gratuit, une conclusion qui ouvre vers une possible suite, mais sans frustrer. C’est un thriller qui réfléchit en même temps qu’il divertit, et c’est précisément pour ça qu’il mérite d’être vu.