Durant la Deuxième Guerre Mondiale,en France occupée,les aventures parallèles d'une jeune juive rescapée du massacre de sa famille et devenue exploitante d'un cinéma parisien,et d'un commando de juifs américains introduits clandestinement dans le pays afin de tuer un maximum d'Allemands.Tous vont se retrouver pour l'avant-première d'un film de propagande nazie ayant lieu dans la salle gérée par Shosanna et où sera présent tout l'état-major du Reich,la fille comme les ricains ignorant qu'ils ont le même projet,à savoir assassiner tout le gratin teuton,Hitler compris.Quentin Tarantino,réalisateur et scénariste du film,portait depuis longtemps cette idée d'un "western spaghetti sur fond de WW2",un projet qu'il a tardé à pouvoir finaliser du fait de son coût faramineux.Mais en 2009 il était devenu la star des cinéastes US et avait accès aux gros budgets.De fait,"Inglorious Basterds" est un luxueux objet visuel pour lequel l'argent a manifestement coulé à flot.La reconstitution historique est pharaonique et déploie une débauche de décors et de costumes,tandis que la distribution regorge de stars jusque dans les rôles secondaires.L'équipe technique ne manque pas d'allure avec une superbe photo du grand Robert Richardson,Greg Nicotero parmi les maquilleurs,John Dykstra,le mec de "Star Wars",aux effets spéciaux ou la cascadeuse vedette Zoë Bell qui double Mélanie Laurent et Diane Kruger pour les scènes d'action.Quant à Tarantino,il fait une nouvelle fois montre de sa dextérité à filmer d'énormes morceaux de cinéma.Du reste,chacune des séquences prises séparément ressemble à un petit chef-d'oeuvre de montage,de variation d'angle et de création d'ambiance.C'est quand il s'agit de relier ces moments que ça se complique.Certes,chaque marche nous rapproche du grand final constitué par l'attentat,mais ces démonstrations de virtuosité fonctionnent trop indépendamment les unes des autres pour que le film affiche une réelle cohérence.Et puis ça raconte un peu n'importe quoi,avec en arrière-fond un étrange goût de revanche juive aussi frelaté que fantasmatique.Pourtant Tarantino n'est même pas juif,mais ses producteurs Lawrence Bender et les frères Bob et Harvey Weinstein le sont,ceci expliquant peut-être celà.Hélas,il est assez contre-productif de voir les membres de cet imaginaire commando israélite commettre des atrocités qui les ravalent au niveau de leurs ennemis.Les auteurs semblent considérer que tous les soldats allemands étaient des SS ou des nazis convaincus et qu'il était par conséquent équitable de les torturer,de leur éclater la tête à la batte de base-ball ou de les scalper,bref de rattraper fictivement ce que les juifs d'Hollywood n'ayant pas connu la guerre auraient rêvé de voir leurs ancêtres faire.Ca a sans doute fait gicler les Weinstein dans leur calbar les jours où aucune starlette n'était de passage pour les éponger,mais ça donne une image peu reluisante des juifs,en tout cas pas meilleure que celle des nazis.Sans oublier cette incroyable mascarade à base de falsification historique décomplexée.Non,Hitler,Goebbels,Goering,Borman et tous les autres ne sont pas morts ensemble dans un ciné parisien,il ne faut pas confondre ses désirs avec la réalité.Dommage,car Quentin développe dans ses tableaux une tension et un sadisme impressionnants,théorisant habilement la peur et ses mécanismes,ainsi que la manipulation et l'art du malaise,notamment à travers le personnage du colonel Landa,maître de la terreur,et l'imposture généralisée,car la plupart des protagonistes sont contraints d'adopter de fausses identités.Bien sûr,c'est assez répétitif,car toutes ces séquences se déclinent de la même manière,avec un interrogatoire aussi aimable qu'insidieux,qui se durcit progressivement pour in fine dégénérer en gerbes de violence.Il y a là un côté artificiel,une concession au spectacle,car tous ces morceaux de bravoure pourraient aussi bien être expédiés rapidement,sans tous ces raffinements oratoires traînant en longueur.Par exemple,lors de la scène d'ouverture,Landa et ses hommes déboulent dans une ferme isolée de la campagne française.L'officier,spécialisé dans la "chasse aux juifs",ne vient pas là par hasard.On comprend au fil de sa conversation avec le paysan qu'il sait très bien que celui-ci cache ses anciens voisins sémites.Du coup,il pourrait y aller en force et ce serait vite réglé,il lui suffirait de mettre des flingues sur les tempes des trois ravissantes filles du fermier pour le faire avouer et qu'il dénonce ses protégés,ou de fouiller les lieux brutalement.Au lieu de ça,il se délecte à jouer au chat et à la souris avec le malheureux,s'asseyant à sa table,posant affablement des questions simples,buvant du lait.Puis au bout d'un long moment de ce traitement,il change brusquement de braquet en passant du français à l'anglais.Il parait bizarre du reste qu'un péquenot de la brousse parle couramment anglais,mais on n'est pas dans le réalisme absolu,on l'aura compris.Et là c'est le summum de la délectation sadique.Landa sait parfaitement que les juifs sont à la cave,planqués précisément sous la table à laquelle il discute tranquillement,et il sait également qu'ils ne comprennent pas le british,c'est pourquoi il se met à poser dans cette langue des questions plus musclées,obligeant l'agriculteur à balancer ses amis.Cette montée en tension est superbement gérée,et le réalisateur nous refera le coup tout au long du film,dans la scène de l'interrogatoire des prisonniers allemands par le chef du commando yankee,dans celle de la taverne,dans celle de Shosanna au restaurant face à Goebbels puis à Landa,dans celles du cinéma, d'abord avec les faux italiens puis avec l'actrice allemande vendue aux Alliés,et même dans celle entre Hitler et le soldat rescapé,la seule étrangement à ne pas se terminer en massacre.Les comédiens se régalent visiblement à cet exercice alternant dialogues dignes du théâtre et déchaînements de violence.Brad Pitt est plein d'autorité en chef de commando gueulard et brutal à la tête d'une bande de soudards au sein de laquelle on remarque particulièrement Eli Roth,plus connu comme réalisateur de films d'horreur,on lui doit notamment les deux premiers "Hostel",en as de la batte,et Til Schweiger en maniaque du couteau.C'est évidemment Christoph Waltz qui crève l'écran dans le rôle de Landa,qui l'a révélé.Suintant la ruse et la malveillance,il campe là un méchant d'anthologie.Mélanie Laurent est très bien en jeune juive en quête de vengeance,et Diane Kruger divine en star allemande passée à l'ennemi et qui le paiera cher.Il y a dans des emplois secondaires Michael Fassbender en officier anglais bilingue qui croit pouvoir se faire passer pour un boche,Daniel Brühl en sniper héros de guerre nazi qui veut se taper Shosanna,August Diehl en major SS trop curieux,Mike Myers en général briton,Rod Taylor en Winston Churchill pour sa dernière apparition au cinéma,Denis Ménochet en exploitant laitier sous pression,Léa Seydoux qui joue une de ses filles,Richard Sammel en sergent teuton héroïque et Jacky Ido en projectionniste amant de sa patronne.Notes et critiques de films de Quentin Tarantino publiées précédemment:voir critique "Pulp Fiction".Nouvelle moyenne:7,2.

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le 14 avr. 2026

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