Beau comme un chat posé sur la branche
Le dernier opus des frères Coen a tout pour plaire. Et ceux qui n’aiment pas particulièrement la Folk (comme moi), peuvent être assurés, ça va beaucoup plus loin qu’un hommage à un courant musical. C’est l’histoire d’un beautiful loser magnifique, qui a un parcours semé d’embuches comme tout bon loser qui se respecte. L’histoire est simple, l’humour est acide, l’originalité est rafraîchissante. Ils ont le talent pour souffler à la fois le chaud et le froid, les deux frères. Et Je constate avec bonheur qu’ils ont mis aux vestiaires la toute puissance habituelle de la mise en scène. C’est une bonne idée, car sur les films précédents, c’était sans objet autre que la maîtrise autoproclamée, et c’était de moins en moins intéressant. Enfin on retrouve des personnages attachants, qui donnent envie de s’intéresser à leur sort. Enfin on retrouve des « gueules » qui accrochent, et qui veulent dire quelque chose, la reconstitution, sublimation d’une époque révolue recréée et repensée selon l’esthétique Coen. Il y a de l’invention formelle, et quelques idées qui sortent de l’ordinaire (celle du chat qui apporte la seule touche de couleur chaude du film est carrément top !). On aboutit à une œuvre qui plaira aux fans, il y a une vraie signature ; ce design graphique, ces couleurs dans les tons goudrons, curieux, l’atmosphère entre rêve et réalité. Ce personnage principal comme poursuivit par une malédiction, est un juif errant qui s’ignore, embarqué dans une Odyssée du pauvre, accompagné par quelques balades minimalistes grattées sur une guitare acoustique. Par moments c’est un road-movie, (le passage avec John Goodman est un fantastique court métrage à lui tout seul), à d’autres moments on voit une comédie, un film « noir », une parodie de biopic, qui frise avec le surréel (encore le chat, toujours là quand on s’y attend pas, c’est surement un esprit déguisé, pas un chat). Et un retour à la réalité brutal au sens propre comme au sens figuré. A voir sans crainte, plaisir assuré.