Je crois que le plus gros problème d’Insomnia, finalement, c’est que je l’avais beaucoup trop bien gardé en mémoire.
Je l’avais vu il y a une quinzaine d’années et j’en avais un très bon souvenir. En le revoyant aujourd’hui, je pensais retrouver un thriller policier efficace et marquant. Et finalement… petite douche froide.
Parce que oui, Insomnia est un bon film. Mais je l’ai trouvé beaucoup moins marquant que dans mes souvenirs, et surtout assez mal vieilli.
Le film est pourtant très bien construit. L’enquête fonctionne, le scénario est intéressant, la réalisation est sérieuse et le casting est franchement impressionnant. Il y a également quelques très beaux plans et une vraie volonté de créer une atmosphère particulière autour de cette lumière permanente, de la fatigue et de la perte de repères.
Mais visuellement, j’ai eu une drôle d’impression. J’ai parfois trouvé que le film faisait davantage penser à un téléfilm haut de gamme qu’à un grand film de cinéma. Ce n’est pas laid, loin de là, mais il manque quelque chose dans la mise en scène pour que je sois réellement impressionné.
Et surtout, il manque à mes yeux cette tension qui fait les très grands thrillers policiers.
Quand je pense à Seven, Zodiac, Memories of Murder ou The Chaser, je pense immédiatement à cette sensation de malaise, à cette tension permanente, à cette atmosphère qui vous enferme complètement dans le film. Insomnia essaie clairement d’aller dans cette direction, mais je trouve qu’il y arrive beaucoup moins bien.
L’intrigue est bonne. Le principe fonctionne. Mais je n’ai jamais vraiment ressenti cette pression qui devrait être au cœur du film.
Le casting reste évidemment l’un de ses gros atouts.
Robin Williams est excellent. Le voir dans un rôle de tueur est déjà assez surprenant, mais c’est surtout son interprétation qui fonctionne. Il ne tombe pas dans la caricature du méchant complètement fou : il est beaucoup plus posé, beaucoup plus ambigu, et c’est justement ce qui le rend intéressant.
Hilary Swank m’a également beaucoup plu. Elle est très juste dans son rôle de jeune policière et apporte une vraie fraîcheur au film.
Et puis il y a Al Pacino.
J’adore Al Pacino. C’est un monument du cinéma. Mais ici, je suis beaucoup plus réservé. Son personnage est loin d’être simple et c’est clairement lui qui porte le film à l’écran, mais je n’ai pas vraiment accroché à son interprétation. Je l’ai trouvée parfois trop grossière, trop appuyée, comme s’il en faisait légèrement trop. Je ne le trouve pas mauvais, loin de là, mais je ne l’ai pas trouvé transcendant.
C’est finalement assez étrange parce que tout est réuni pour faire un grand thriller : une bonne histoire, un gros casting, une ambiance particulière et une vraie tension psychologique.
Mais il me manque quelque chose.
À côté de Seven, Zodiac, Memories of Murder ou The Chaser, Insomnia me paraît clairement un cran en dessous. Ces films ont une identité, une puissance et surtout une capacité à rester en tête. Insomnia, lui, me semble beaucoup plus oubliable.
J’ai donc revu le film avec un regard très différent de celui que j’avais il y a quinze ans. Je l’ai apprécié, j’ai passé un bon moment, mais je suis ressorti avec cette impression assez frustrante d’être passé à côté de quelque chose.
Pas un mauvais film. Pas même un mauvais thriller.
Simplement un film que j’avais beaucoup plus aimé dans mes souvenirs.