L'Amérique sauve encore une fois la planète

D'abord, il me faut avouer quelque chose d'absolument honteux : je ne connais pas Christopher Nolan.

Les années de 2000 à pratiquement 2020 furent très intenses sur le plan professionnel et je n'allais pas souvent au cinéma et me contentais de ma DVDthèque construite année après année. Mauvaise excuse.

Il a fait plusieurs films sur Batman dont le genre d'histoire n'est pas du tout mon trip. Encore une mauvaise excuse.

C'est parce que j'irai peut-être voir "Oppenheimer" dont le sujet m'intéresse a priori que je me suis dit : c'est trop con, vois donc d'abord un autre film de façon à avoir un point de référence puisque ce cinéaste se distingue par la "qualité" de ses mises en scènes. J'ai donc jeté mon dévolu sur "Interstellar" qui présentait aussi l'avantage de tenter de renouer avec la SF que j'avais laissé, aussi, un peu de côté.

Bon, Interstellar me semble avoir un scénario qui tient la route. Bien que pas spécialiste de ces questions d'astrophysique, je pense que les bases de départ (théories de la relativité, physique quantique, les trous de ver, etc ) permettent tellement d'interprétations et d'extrapolations que très vite on n'a rien à dire et qu'on est dans le domaine du "pourquoi pas". Je ne m'y étendrai donc pas.

Le scénario général est bien construit : la planète qui meurt, la mission pour trouver une solution, les plans A et B. Bon, on peut discuter du happy end un peu tiré par les cheveux mais pourquoi pas (Dans Terminator et autres films de SF, on retourne bien dans le passé).

Je souris toujours au cliché – tenace – du tableau noir sur lequel le physicien écrit son équation (qu'il n'arrive pas à résoudre) avec force intégrales, matrices et tenseurs, à la craie. Ah, ça, elle a de la gueule l'équation ! On voit que les années ont passé, le savant d'aujourd'hui a évolué et n'utilise quand même plus la règle à calcul.

Non, le truc où j'ai plus de mal à marcher, c'est le comportement déterminé et certain des scientifiques. Le caractère péremptoire et l'esprit de décision qui va avec. L'aspect commando du scientifique. C'est peut-être même le truc qui fait que je regarde de moins en moins ce genre de films. On m'a toujours appris qu'en matière scientifique, la première qualité, c'est l'humilité et ici, dans Interstellar, c'est pas vraiment la première qualité que j'octroie aux savants. En matière de SF, finalement j'ai tendance à préférer le genre "Survival" où l'homme lutte pied à pied contre les éléments ou contre des êtres malveillants.

Encore qu'on pourrait me rétorquer que "Interstellar" est en quelques sorte un survival (écolo) aussi ! Mieux, on sauve la planète (à l'insu de l'humanité, en plus). C'est que c'était pas gagné cette affaire. Mais après avoir pénétré, à pied, dans le trou noir Gargantua et récupéré des données gravitationnelles et quantiques, l'équation trouve sa solution et tout baigne dans l'huile. En deux temps, trois mouvements, plan A et plan B, tout le monde est sauvé. C'est un survival écolo avec une lutte acharnée mais mathématique (pas besoin du GIEC et de sa longue liste de contraintes et de recommandations). D'ailleurs on peut remarquer, au début, un gros 4x4 qui traverse un beau champ de beau maïs sans se préoccuper le moins du monde des conséquences … Bof, puisqu'on allait trouver la solution !

La mise en scène est très bien. Les effets spéciaux impressionnants. Par moments, un prolongement à 2001. C'est même la principale qualité du film.

Le casting : rien à dire sinon le prénom de la fille de Cooper, Murphy.

Là, je me suis dit : Nolan, il abuse. Prénommer la fille du nom de la loi la plus importante de la physique, universellement démontrée dans toutes les situations de la vie courante, c'est fort. D'autant plus que Cooper confirme qu'elle s'appelle comme ça à cause de la loi de Murphy …

En guise de conclusion, la découverte de Christopher Nolan à travers "Interstellar" est une opération positive. C'est de la belle ouvrage en termes de mise en scène et d'effets spéciaux.

La musique accompagne bien et souligne les passages dramatiques ou émotionnels. Parfois, un peu invasive, …

C'est un film bien américain (le drapeau partout …) dont on aurait pu s'épargner la fin trop optimiste voire même un peu bâclée. En particulier, le devenir de Anne Hathaway sur sa planète qu'on entrevoit quelques secondes aurait mérité un peu de développement au détriment de la scène lacrymale du retour de Cooper.


JeanG55
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le 2 août 2023

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