Initialement développé par Steven Spielberg, Interstellar arrive finalement entre les mains d'un Christopher Nolan qui signe une œuvre ambitieuse, portée par un souffle épique qui fait autant la part belle à la science (!) qu'à la fiction.
Nolan pose patiemment les fondations de son récit sur Terre, mais c'est incontestablement lorsqu'il s'élève dans les airs que le film trouve sa raison d'être et nous transporte littéralement. Le voyage interstellaire est ici une odyssée pure, une célébration de l'exploration. Nolan parvient à restituer la démesure et la beauté hypnotique du cosmos. L'espace n'est pas qu'un décor, c'est un personnage à part entière, à la fois sublime et d'une terrifiante hostilité. Le silence en apesanteur, rompu seulement par la partition vibrante de Hans Zimmer (qui n'est pas toujours le bienvenue par ailleurs), renforce le sentiment d'isolement et de petitesse face à l'immensité.
La découverte des planètes candidates constitue le point d'orgue de cette quête. Chaque monde visité est une réussite de conception, offrant une expérience prenante. La planète océan, avec ses montagnes d'eau déferlantes et sa perception du temps distendue permet une tension pure et une remise en cause de la physique! La planète de glace, plongée dans une obscurité anxiogène, contraste radicalement, prouvant la capacité de Nolan à varier les ambiances et les périls. Le traitement visuel de Gargantua, le trou noir, est à lui seul une prouesse, il offre une représentation qui n'en fait pas des caisses scientifiquement et surtout esthétiquement renversante, notamment lorsque son lent disque d'accrétion illuminant les faces des héros.
Cette exploration est magnifiée par une bonne utilisation des effets pratiques et numériques, qui servent toujours le récit et l'immersion. On croit à ces mondes, à ce vaisseau, à cette physique. Les séquences à la surface des planètes mêlent émerveillement enfantin devant l'inconnu et terreur primale face aux forces de la nature décuplées. Nolan joue avec maestria sur ce double registre, faisant de la découverte spatiale une aventure à la fois vertigineuse et intimiste, où l'émotion naît autant de paysages grandioses que du visage de Cooper, confronté à l'infini.
Si quelques réserves persistent sur le troisième acte métaphysique ou un discours parfois trop appuyé sur l'amour, elles pèsent peu face à la réussite de cette odyssée. Interstellar s’impose avant tout comme un film d'exploration spatiale monumental, une invitation au voyage qui comble autant la soif d'aventure que le besoin d'émotion. C'est une lettre d'amour au cosmos, autant portée par une réalisation immersive qu'une ambition narrative.