Monsieur Nolan,
Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fût un grand artiste, il n'était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce pouvait avoir une valeur d'un genre singulier quand il venait d'un Français, c'est-à-dire d'un homme peu fait pour l'enthousiasme. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois certaines des plus grandes jouissances cinématographiques que j'aie jamais éprouvées. Je dois cependant vous avertir que vous êtes passé bien loin de l’étoile dans ce nouveau film grand publique.
Il est ambitieux, certes. J’avoue m’être un instant laissé bercer par l’incroyable déploiement de moyens dont vous disposiez ; mais l’on n’en retient qu’un amas grossiers d’éléments pseudo-philosophiques. Il est ambitieux mais vulgaire.
Le début comme la fin est raté. Entre les deux, vous nous balancez de l’émotion à la truelle pour combler les interstices d’un scénario parfois douteux. Comment alors n’être pas déçu par vous, qui de 6000 dollars nous faisiez un chef d’œuvre ? Au moins alors vous faisiez parler votre créativité, et vous touchiez les esprits par votre simplicité. De tout cela il ne nous reste qu’un goût prononcé pour le faste grandiloquent des images de synthèse et un épanchement facile dans le pathétique.
Vous jargonnez pour perdre le spectateur dans les méandres de la science physique et faite ainsi passer des inepties au nom de la science-fiction. Dès que le sujet est plus difficile à traiter, voilà le récit plus flou… et hop vous passez à autre chose ! C’est au moment où vous êtes vous-même largué en matière de physique que vous trouvez une parade, un peu douteuse, mais qui arrange bien : finalement c’est l’amour qui va sauver les hommes. C’est bon pour la dimension christique mais pour la rigueur scientifique on repassera.
Vous vous donnez ainsi une fausse obscurité pour faire croire à un semblant de profondeur ; et vous nous laissez le souci d’extraire de cette soupe de discours cosmologico-sentimentalo-philosophico-écologiste ce qui pourrait bien nous plaire. Occupé que l'on est à démêler le bon du mauvais, on est vite agacé par votre prétention et votre suffisance.
Si l’on n’attendait de vous qu’une suite de plans bien maîtrisés et justifiés par un récit scabreux, on aurait lieu d’être satisfait. Mais l’on ne peut qu’être déçu par cette enfilade de situations qui tentent tant bien que mal de faire raisonner en eux un discours métaphysique. La tête tournée vers les étoiles, vous restez étonnement ancré au sol.
Vous vous intéressez aux personnages et non à l’immensité de l’espace mais ceux-là sont fades ; à l’exception de Matthew McConaughey qui, je dois l’admettre, est brillant. Vos plans larges de l’espace sont impressionnants (quoi que trop brefs) mais vous rendez l’éther assourdissant!
Je ne connais pas assez les codes de la SF pour juger votre œuvre à l’aune de celles qui ont marqué le cinéma et je vois en vous un grand réalisateur ; cependant je regrette de ne pas connaitre de vous que la majesté de vos neuf premièrs long-métrages. Je tiens tout de même à saluer votre romantisme assumé et espère continuer à vous voir,
Un admirateur