Deux jeunes et sympathiques losers parisiens accueillent pour quelques jours à la capitale deux Groenlandais qui n'ont jamais quitté leur pays. Ils découvrent la France en ouvrant des yeux ronds comme des billes. Comme les quatre sont incapables de communiquer, les deux Français enregistrent les Groenlandais dans le but de les comprendre plus tard, a posteriori, et chacun essaie donc d'échanger avec les moyens les plus rudimentaires.
La grande réussite, une de plus, du film de Sébastien Betbeder, outre sa drôlerie, sa douceur, la création d'un vrai couple de pieds nickelés qui va certainement avoir une carrière cinématographique, tient au dosage parfait entre la fiction et le documentaire. Dans quel genre est-on exactement ? A la fois dans les deux, et à la fois on s'en fout complètement tant on est d'emblée portés par le récit singulier qui s'échappe de cette rencontre fortuite.
Parce que l'idée de ce film s'est montée en très peu de temps. Sébastien Betbeder a appris que ces deux Groenlandais débarquaient effectivement en France et quittaient leur territoire pour la première fois de leur vie et à imaginer cette idée de film en quelques heures avant d'aller les accueillir à l'aéroport avec une caméra au poing et deux comédiens pour leur donner la réplique. En ressort un incroyable sentiment de vérité, et surtout une grande liberté. A partir d'un postulat pareil, tout est effectivement possible, mais encore faut-il y donner l'orientation qu'il faut pour ne pas tomber dans le n'importe quoi qui résulterait d'une improvisation totale et non maitrisée, ce qui est évidemment tout le contraire d'Inupiluk.
Le film que nous tournerons au Groenland
Film frangin d'Inupiluk, celui-ci est clairement beaucoup plus anecdotique et récréatif. Il enregistre en images ce qui était une commande de France Culture, à savoir les deux comédiens, le réalisateur, parfois le producteur, d'Inupiluk, en train de préparer ensemble leur long métrage à venir, et qui est d'ailleurs précisemment en tournage au moment où j'écris, au fin fond du Groenland. On est plus dans quelque chose qui s'apparente à un bonus, comme les bouts d'épisodes qu'on peut trouver sur le site du film en ce moment. Le souci principal, c'est que c'est présenté comme pris sur le vif, alors qu'on voit bien que c'est joué. Le truc le plus intéressant, c'est de voir naitre des idées qui seront vraisemblablement dans le film à venir...