J'ai jamais vu un film se casser la gueule aussi vite. Le début m'a fait miroiter l'espoir d'une réconciliation avec John Carpenter : mise en scène virtuose, au service d'un discours assez acerbe. On comprend tout sans faire d'effort ou presque : Carpenter veut faire un film sur les inégalités, sur l'arnaque du rêve américain et de la télé qui pousse à la (sur)consommation. Ça doit être un mec de gauche, en fait. Bon, on retrouve un peu de ses travers : on est assez distant des personnages, les acteurs ne sont pas particulièrement bien dirigés, il a tendance à abuser un peu de la musique au détriment du design sonore global. Mais bon, vous avez vu ces cadres ? Ça déchire. Son travail sur la lumière et le montage est également assez intéressant, même s'il est moins précis. En fait, tout culmine lors de la descente de police. Là, c'est le summum.
Et puis... on fait le chemin inverse. Nada découvre les lunettes, il voit le monde tel qu'il est, c'est chouette. On rit un peu jaune, parce que c'est pas tellement idiot, mais on rit quand même ("You, you're okay. This one? Real fuckin' ugly"). Enfin, on commence à plus trop savoir où Carpenter veut en venir, mais on marche quand même, on verra bien. Et puis Nada commence à se révolter, et là c'est le grand n'importe quoi. Plus rien n'a de sens. Carpenter fait avancer son histoire à grand-peine. Le truc qu'on pourrait te le montrer dans n'importe quel ordre, ce serait pas forcément moins logique. Il resserre l'action sur les quelques personnages dont Nada et comme malgré ses nombreux talents, il ne sait pas diriger ses acteurs ni leur donner de bonnes répliques, c'est souvent assez risible. Le pire du pire, c'est probablement la scène de baston interminable avec Frank (j'ai pas chronométré, mais je dirais 10 minutes ? Coupe, John, merde à la fin !) avec ses bruitages cartoonesques.
Mention spéciale aux gens qui ne voient pas des gens se balader à deux mètres avec des mitraillettes, et qui ne les entendent pas non plus. Et aux gens qui ne voient pas deux flics se faire descendre, en plein jour, à Los Angeles. À moins que ça soit une pique super maline sur la désensibilisation par rapport à la violence ! Qu'il est fort ce mec.
Les causes des problèmes du film se cachent dans le générique de début : le scénario se base sur une nouvelle de Ray Nelson. Surprise : on a juste assez de scénario pour une trentaine de minutes. Alors quand on étire sur 1h30, ça devient tout plein de trous. Finalement, c'est une redite des autres films de Carpenter que j'ai vu ces derniers temps : concept génial, mais scénario rachitique. Chouettes cadres, lumière pas mal, mais montage son calamiteux; musique sympa mais omniprésente. Mauvais dialogues, mais... Ah non, mauvais dialogues et mauvaise direction d'acteurs. Pas de bol.
Allez, ce soir j'essaye The Fog. Et puis après j'arrête, mon médecin m'a dit que c'était pas bon pour ma tension d'être aussi déçu à chaque fois.