Bien décidé à profiter de leur nouveau héros Godzilla jusqu’au bout, la production Toho n’attend pas pour se lancer dans un sixième film. Il faut avouer que non seulement cette licence rapporte beaucoup, mais surtout, elle ne coûte quasiment rien à produire : en moins d’un an à chaque fois, le film est écrit, réalisé et monté. C’est le film idéal pour réunir les familles durant les fêtes de fin d’année. Et pour réduire encore les coûts, cet épisode se contente de recycler des monstres déjà utilisés, mais surtout de ne les avoir à l’écran que pendant une durée minimale. Au bout du sixième film, la licence se fatiguerait-elle ?
La Terre a découvert la planète X et envoyé un astronaute japonais, K. Fuji (Akira Takarada), et un américain, Glenn (Nick Adams), en mission pour l’explorer. Alors qu’ils arrivent sur ladite planète, ils font la rencontre des Xiliens, un peuple qui a déserté la surface et vit désormais dans des bunkers souterrains car un monstre indestructible a décidé de s’approprier leur planète. Nos deux astronautes ne tardent pas à découvrir que le monstre en question est King Ghidorah, qui avait fui dans l’espace suite à sa défaite dans le film précédent. Les Xiliens demandent à « emprunter » Godzilla et Rodan pour les faire combattre Ghidorah, en échange de quoi ils fourniront aux habitants de la Terre un remède contre le cancer.
Arrivé à ce stade, vous l’aurez compris, Toho a décidé de pleinement accepter que la licence soit une série B. Les décors sont en studio, les monstres sont recyclés, les miniatures remplacent tous les extérieurs qui peuvent être remplacés. Dès que le budget peut être coupé quelque part, il l’est. Coûter le moins possible pour rapporter le plus possible aurait pu être la devise de la franchise à ce moment-là. Dans ce 1965 farfelu, les fusées peuvent voyager jusqu’à Jupiter en quelques heures, et faire l’aller-retour sur un seul plein d’essence. On est loin de la grandeur du premier épisode, sorti à peine 10 ans plus tôt. Le scénario ne s’encombre pas non plus de détails : les Xilien ont un remède contre le cancer. Quel cancer ? Mais tous les cancers, pardi !
De retour sur Terre, on apprend que l’inventeur Tetsuo (Akira Kubo) a créé un système de défense qu’une compagnie de jouets veut lui acheter pour une jolie somme, mais qu’il ne touchera qu’une fois la production lancée. Le deal sent l’arnaque mais Tetsuo est meilleur inventeur que négociateur et signe le contrat, ce qui impressionne sa petite amie Haruno (Keiko Sawai) qui est la soeur de K. Fuji. Ah ha ! L’intrigue s’épaissit ! Les astronautes reviennent donc de X, tout le monde se félicite du deal et les Xiliens repartent avec Godzilla et Rodan. Sur la planète X, nos deux kaiju combattent Ghidorah qui, encore une fois, est mis en défaite et s’enfuit dans l’espace. Et où pensez-vous qu’il va se rendre ? Mon dieu, cette intrigue n’en finit pas de s’épaissir !
Les astronautes reviennent sur Terre pour s’apercevoir qu’ils se sont fait arnaquer : aucun remède pour le cancer, et en plus les Xiliens décident que la Terre est désormais leur propriété. Vilains aliens ! Et bim, Ghidorah arrive sur Terre pour re-foutre le bordel. Mais aussi les soucoupes volantes de l’armée Xilienne qui ramènent Godzilla et Rodan, contrôlés par la pensée. Et on ne va pas dévoiler comment se déroule le combat final, mais vous vous doutez bien que la Terre sera sauvée, que l’invention de Tetsuo joue un rôle important, et que Ghidorah, encore une fois, s’en ira vers l’infini et au-delà. Parce qu’après tout, la fin on la connait depuis le début du film, ce n’est plus ça qui nous intéresse. On veut juste voir les monstres se battre. Et malheureusement c’est l’épisode où on les voit le moins, l’histoire des astronautes et des Xiliens étant bien plus développée.
En fait, étrangement, on en arrive à se demander si la Toho n’a pas pris un scénario qui traînait sur leur bureau et a décidé d’y intégrer rapidement Godzilla et ses amis. Honnêtement, l’histoire des Xiliens se tient très bien à elle toute seule et aurait pu faire un film de science-fiction pas trop mauvais. L’ajout des trois kaiju n’était pas essentielle au scénario. Mais quand on prend l’ensemble, on ne peut que regretter ce qui en a été fait : l’abus de maquettes, Godzilla qui fait une danse de la joie, et pire encore, on voit toutes les ficelles qui animent les soucoupes volantes, les têtes de Ghidorah et la marionnette de Rodan. Aucun effort n’a été fait pour les cacher ! C’est quasiment de l’amateurisme à ce niveau.
« Invasion Planète X » n’a même plus de kaiju dans son titre français, reflétant leur inutilité dans cette histoire. Je savais qu’au vu du grand nombre de films dans la franchise, il y en aurait des mauvais, mais ne m’attendais pas à tomber si bas dès le sixième, et j’ai donc très peur pour la suite. Cet épisode peut très largement être zappé tant il n’apporte rien à la franchise.