Je suis plutôt étonné qu'un film pareil passe presque inaperçu alors qu'il est sans conteste l'un des thrillers français les plus intéressants de ces dernières années.
Sur papier, je n'attendais pas à grand-chose vu son contexte plutôt banal. Un simple retour à la case départ de Constance, une quadragénaire au chômage quittant la Capitale pour rejoindre sa vie d'avant en Poitou-Charentes. Pourtant dès les premières minutes, il y a ton légèrement oppressant qui commence à faire doucement surface grâce aux sonorités électroniques suffocantes composées par Zombie Zombie. Une ambiance sonore qui laisse d'abord perplexe tellement elle ne semble pas en adéquation avec ce qui semble se dérouler à l'écran; pour ensuite se justifier pleinement avec les premières fulgurances animales et sauvages offertes par un duo Marina Foix/Benjamin Biolay presque méconnaissables.
Tout l'intérêt d'Irréprochable réside donc dans le "glissement" de personnalité de Constance. J'oserais presque faire un rapprochement avec Gone Girl. Oui, Foix n'est pas Rosamund Pike et Sébastien Marnier n'est assurément pas Fincher, mais je retrouve cette sensation de surprise dans l'évolution d'un personnage désespéré qui avance inéluctablement vers une impasse. Le désir de Constance pour retrouver son emploi précédent va se transformer en une obsession destructrice. La compétition qui va s'enclencher avec sa "concurrente" va devenir de plus en plus malsaine. J'ai beaucoup aimé la manière dont elle investit peu à peu l'espace vital de son adversaire, usant de tactiques toujours plus machiavéliques pour se rapprocher d'elle afin de la faire tomber. L'écriture utilise des ficelles narratives presque rudimentaires, mais elle parvient toujours à nous surprendre avec ses multiples rebondissements.
Pour son tout premier long métrage Sébastien Marnier m'a impressionné à plus d'un titre. Partir d'une petite fresque sociale pour y insérer ensuite les codes d'un thriller avec autant de maîtrise, wôw ! Cinéaste à suivre.