Il y a quelques jours, je discutais de Gaspar Noé et d'Irréversible, en affirmant que je le regarderai sans doute un jour, mais un jour lointain. Ce jour lointain c'était hier soir. Comme j'avais le film en tête, autant en "profiter", même si ce n’est clairement pas le mot à utiliser. N'étant pas spécialement un adorateur de Noé, j'ai apprécié ses deux derniers longs, Climax et Vortex, mais j'avais détesté Love au plus haut point, ce n'était pas un film qui me faisait très envie, notamment car la seule chose que je connaissais, c'était sa fameuse scène de viol qui dure des plombes.
Avant même de parler de la qualité du film, ce qui frappe en premier c’est à quel point c’est un choix désastreux en tant que film du dimanche soir. Ensuite c’est vraiment un film sur lequel j’ai voulu attendre un minimum avant de donner un avis, car je voulais éviter de lui appliquer un ressenti immédiat qui serait contre-productif. La nuit portant sommeil, je suis désormais un peu plus sûr de mon opinion.
C’est un film que je trouve exécrable par bien d’aspects, Noé a surtout l’air d’avoir envie de provoquer et de faire souffrir son spectateur. La caméra est sans cesse en mouvement, et dans la première partie du film on est constamment en train de suffoquer tellement l’ambiance est étouffante, et tout ça culmine sur la fameuse scène de viol qui est interminable et très difficile à regarder. Jusqu’à ce moment-là, c’est un film que je trouve compliqué, grossier dans son procédé, j’ai l’impression que Noé essaie juste de trouver les trucs les plus choquants possible avec une grosse mentalité d’edgelord, ça marche, je déteste le film, mais à tête reposée, c’est quand même intéressant, notamment en terme de mise en scène avec ces longs plans séquences.
La deuxième partie en revanche est juste insupportable dans le sens classique du terme, et je ne trouve pas que ce faux happy end fonctionne, même dans le contexte du montage. Le développement des personnages dans un contexte pré-viol ne fonctionne pas du tout et alourdit un film déjà lourd jusque-là, et c’est un peu la même chose pour le montage inversé, il fonctionne à peu près jusqu’à ce moment-là, mais ensuite Noé a un mal fou à insuffler de la personnalité dans ses personnages et doit nous sortir les plus grosses banalités possibles pour essayer de rendre l’histoire tragique (comme si le viol en lui-même n’était pas assez tragique).
Voilà au moins c’est vu, c’est bien pour la culture. Je n’ai pas aimé, mais qui peut réellement "aimer" un film comme ça. Et si je dis que j’ai détesté, ne serait-ce pas le but de cet énorme edgelord de Noé ? C’est un entre-deux compliqué, pour un film qui l’est tout autant. Peut-être qu’un jour si je le revois, ce dont je doute énormément, je tenterai le montage alternatif, mais je pense que je m’en passerai volontiers.