3ème film de Noé que je vois, après Climax et Lux Aeterna. J'y vois une oeuvre plus construite et plus aboutie, intéressante du point de vue du dispositif, à savoir, la composition rétrograde. Il poursuit la réflexion entamée par la tragédie classique qui questionne le poids de nos choix, la concaténation des faits (cause / effets) et bien évidemment, la fatalité qui hante son cinéma. La phrase "le temps détruit tout" revient d'ailleurs en leitmotiv, mais ce qui apparaît comme un poncif absolu est savamment complexifié par une narration en "anti climax" qui laisse un goût terriblement amer une fois tout suspense déconstruit.
Si le cours du temps est irréversible, le cinéma lui peut jouer de l'envers et de l'endroit : envers du décor (bas fonds interlopes), envers de la caméra (mouvements de caméra qui donnent la gerbe), envers du temps (composition rétrograde) et comme toujours chez Noé, l'envers de l'homme (animalité). Un des derniers plans aux Buttes Chaumont m'a d'ailleurs rappelé la fin de Climax, lorsque les policiers découvrent le bordel post orgiaque, caméra retournée.
Noé reprend une idée assez Lynchienne, que l'on retrouve aussi chez Wong Kar Wai ou Gerard Kargl : impliquer activement le spectateur dans l'expérience sensorielle. De ce point de vue, le film est très réussi avec un enchaînement de mouvements circulaires hypnotiques, toute la première partie du film étant tournée caméra à l'épaule. La recherche du "ténia", mac violeur dans la boîte gay est absolument infernale et l'exercice de style y est maîtrisé. Pourtant je me questionne encore une fois sur la pertinence de ce type de représentation dans la mesure où elle n'est pas non plus orgasmique sur le plan esthétique (ce qui est le cas chez Wai ou Lynch). Pourquoi représenter la communauté gay uniquement par le prisme de la sexualité débridée, violente et souterraine, quand les couples hétérosexuels ont le droit à un naturalisme romantique et sensuel ? D'ailleurs, le violeur est lui aussi gay, mais il fait une exception pour la petite bourgeoise à qui il refait le portrait (Bellucci) ? wtf. Pas du tout convaincu sur ce point là donc. On dirait que Noé est complètement fasciné par ces univers nocturnes et underground, mais qu'il n'en saisit que les clichés (mise à part la violence absolue qui peut y régner et qui est bien montrée).
Sinon le jeu de Dupontel, Cassel et Bellucci est vraiment convaincant et prouve le talent de Noé pour la direction d'acteurs.
Mais alors qu'est ce qui ne va pas ? Et bien tout le reste. La scène du viol est absolument insupportable et volontairement choquante, mais je ne suis pas sûr qu'il faille en montrer tant pour que l'on en saisisse toute la violence. Certes la scène empêche toute romantisation puisqu'elle est très longue et tournée de façon "naturelle", elle va au-delà de tout plaisir voyeuriste et l'on devine que Noé veut susciter le dégoût qui est sien, aussi tordu son cinéma soit-il. Mais bon, j'ai regardé le film chez moi en ayant zappé les 3/4 de la scène, et je pense qu'en salle, je serais tout simplement parti.
La scène du métro est trop longue, la discussion entre les 3 acteur.ices est sans grand interêt, j'en ai zappé la moitié. La scène sensuelle entre Cassel et Bellucci est plutôt réussie mais aussi trop longue, j'ai zappé ... Au final cela fait beaucoup pour un film d'1h40 seulement. J'ai toutefois bien aimé la scène de la soirée, bien interprétée et agréable à suivre (merci Bangalter pour la musique), pas extatique non plus.
En fait le cinéma de Noé a les défauts de ses qualités. Je pense qu'il parvient vraiment à donner forme à sa vision, à créer les effets souhaités. Mais ce que veut Noé, souvent je ne le veux pas, et se révèle un peu vain ... Je n'arrive toujours pas à savoir à quel point ces films se prennent au sérieux, ce qui est certain c'est que Noé ne cherche pas tellement à faire réfléchir et heureusement. Après, j'y vois encore un vrai cinéaste qui apporte sa touche singulière et débridée .