Le premier film de Bradley Cooper en tant que réalisateur, A star is born, avait fait sensation, confortant son ambition pour le suivant, Maestro, biopic assez pompier de Leonard Bernstein passé relativement inaperçu. La leçon de modestie semble avoir été apprise avec ce nouvel opus, comédie conjugale sans autre prétention que sa justesse, la direction des comédiens et l’authenticité des situations. La place que le cinéaste s’accorde à l’écran est en cela manifeste : celle d’un second rôle épisodique, personnage tentant vainement de percer en tant qu’acteur, et souvent un peu à côté de la plaque dans les conseils qu’il prodigue.
Is this thing on ? se pare de tout le charme inhérent au cinéma indépendant américain : immersion réaliste et spontanée dans New York, dans le sillage des films de Baumbach – Laura Dern était d’ailleurs également à l’affiche de son dernier film, Jay Kelly, qui s’intéressait aussi aux bilans désenchantés d’une existence déjà largement entamée. Un certain esprit de l’ancêtre Woody Allen hante également cette histoire où l’on tente d’avancer, lucide sur ses échecs, ses manquements et les désillusions qui s’en suivent.
Il est assez émouvant de redonner un corps et un visage à la voix de Will Arnett, qui aura durablement marqué quiconque a vu l’incontournable BoJack Horseman. Le comédien, omniprésent, prend acte du vieillissement, tandis que Cooper insiste sur son visage lors des passages sur scène, comme pour le couper d’une forme de réalité, voire du public auquel il s’adresse. Car le sujet du film réside surtout dans cette reconstruction post rupture, le mari débarquant par hasard dans le milieu du stand-up pour en faire une sorte de thérapie publique cathartique.
Cooper tient une ligne assez ténue et plutôt intelligente, qui s’intéresse plus au failles qu’aux révélations qu’aux accomplissements ou aux révélations tonitruantes. Le film n’est jamais aussi juste que lorsqu’il traque les atermoiements des personnages, et le regard des personnages périphériques (les parents, les enfants, les amis) atteste de cette posture étrange de protagonistes qui doivent redéfinir une place, un rôle, un cap. La question du comique propre au stand-up reste donc une thématique secondaire, toujours traitée par le prisme du personnage qui fonce tête baissée, et intègre une communauté de la nuit dans laquelle les open-mic permettent l’open heart.
Quelques jolies idées parsèment le parcours parallèle du couple, comme la liaison secrète d’un couple autrefois officiel ou cette photo de la sportive en pleine action, de dos, et qu’il s’agirait de retourner pour refaire connaissance avec elle. Mais, dans une logique d’accomplissement scénaristique, le récit s’appesantit vers des considérations psychologiques peu subtiles, pas loin des lourdeurs du développement personnel, pour un final un peu mièvre, qui sucre bien trop les approches initiales.
(6.5/10)