Le micro s’est éteint dans le domicile conjugal. Dans un consensus presque taiseux (se limitant à “on arrête là non”), le pacte est signé, la séparation ne fait plus de doute. Les mots se perdent dans un miroir embué (de la salle de bains) ou flouté par les lumières de la scène du stand-up (lorsque Tess est là) faisant disparaître l’union de deux corps à l’intérieur du reflet. Malgré le jeu du couple, s’abaissant à l’illusion d’être ce qu’ils ne sont plus, de rire lorsqu’ils ne devraient plus (après avoir mangé un space-cake), le décor (métro) finit irrémédiablement par les séparer. Renvoyé à une situation inconnue depuis plus de 20 ans, Alex doit combler ce vide. Titubant ou errant, les lumières du réconfort semblent se déployer à l’abord d’un bar. Sans argent, il est forcé de s'inscrire sur une liste de stand-upper. Le micro s’allume, Alex illuminé face à la pénombre que le public renvoie, se dépossède de tout costume (père, mari, ami, employé dans la finance…) pour confesser ce qu’il vit. La caméra suit ses murmures, hésitante dans son arrivée puis apaisée après quelques phrases. La parole de celui qui se tient debout se libère face à lui-même. Pas de champ-contrechamp comme le couple peut l’imposer mais une liberté solitaire d’un aveu confiné au sous-sol du bar opposé à un public évidé de sa présence.
Exutoire ou pas, jouer de la parole et de ses confessions devient pour Alex le moyen de se relever face aux larmes que les chaussettes de ses fils peuvent produire. Car sur scène il n’est plus question de paraître ce qu’on représente (comme un couple séparé pendant les vacances chez leurs amis) mais d’écrire sur ce qu’on ressent. La scène oscille dans le mouvement qu'insuffle la caméra entre tristesse du manque d’un amour passé, comique du prochain amant de son ex-femme ou rage des difficultés du couple.
Car il n’y a que quelques pas entre la vie et ce qu’on en écrit d’elle. Malgré le déni d’Alex pour rassurer son fils en pleurs, cette écriture n’est pas prononcée comme une simple fiction. Le stand-up se transpose à la vie notamment chez ses amis Balls et Christine tous deux s’accaparant successivement le public qu’est Alex (dans un canapé ou sur une terrasse dehors) pour confesser avec légèreté leur problème de couple. L’une prenant Alex comme un public à séduire, l’autre comme aveu d’admiration de celui-ci.
Contaminant l’espace du couple et de ses dialogues, le stand-up en défait les incompréhensions du passé pour faire éclore une nouvelle image de celui ou celle qu’on aime.
Se tenir debout finit par devenir l’acte de rallumer ce qui était off, de regarder ce qui était dos à nous (cadre de Tess aux JO) pour reconstruire les souvenirs séparés par les fondus au noir en visage grimaçant d’un amour sincère.