Un couple se sépare. Pas de cris, pas d’assiettes brisées. Juste une porte d’enfant, fermée doucement, et deux adultes qui comprennent que quelque chose a changé pour de bon. C’est à partir de ce lieu que Cooper installe son film. Dans cette discrétion (adopté jusqu'à la mise en scène), Cooper déplace l’attention vers l’après : lui s’accroche à une rencontre inattendue avec le stand-up pour éprouver sa propre voix ; elle, tente de ressaisir une vocation trop longtemps mise en veille. Peu à peu, le film épouse les formes d’une comédie de remariage mais sans grands élans, même sans public. Tout cela pour se rendre compte que le film déplace subtilement ses attendues. Il ne raconte ni la chute ni la renaissance d'un couple mais cet entre-deux où l’identité, à quarante ans passés, recommence à exister.
Ainsi le stand-up cesse très vite d’être un simple ressort scénaristique. Monter sur scène, micro à la main, ce n’est pas chercher le rire, c’est accepter que la fissure devienne audible. Le long plan qui accompagne la descente vers le club installe cette logique inéluctable : plus le corps s’enfonce sous terre, plus la parole s’expose. Descendre sur scène, c’est littéralement descendre en soi. Les carnets saturés d’annotations, les répétitions qui trébuchent, les blagues qui s’éteignent avant d’avoir pris feu, les maladresses en sont les symboles visibles. Le film a d'intelligent qu'il fait de ces ratés non pas des faiblesses comiques mais la matière même de sa reconstruction.
La photographie de Matthew Libatique resserre l’espace jusqu’au contact. La lumière ne sculpte pas des figures, elle en révèle les aspérités. Nous sommes face à des corps qui portent leur âge. Ce réalisme en terrain bourgeois évite la satire facile : les “problèmes de champagne” ne sont ni dénoncés ni embellis, simplement traversés comme des zones de fragilité. Comme dans les scènes de groupe, où quelque chose grince sous la convivialité affichée : la fatigue des amitiés anciennes, l’effort pour maintenir la fiction d’un collectif inchangé.
Au fond, derrière la question faussement technique du titre, Cooper filme des corps qui tâtonnent, qui essaient de formuler quelque chose sans être certains d’en avoir encore la force, dans un geste qui rappelle à bien des égards la rigueur "pudique" de Clint Eastwood. Pour tout cela, le film me parle, sans que je sache encore exactement pourquoi. Peut-être parce qu’il refuse l’éclat formel, peut-être parce qu’il accepte de ne pas séduire d’emblée, ni d’être franchement comique alors même qu’il épouse les contours d’une comédie. Il y a là beaucoup de germes de ce que Cooper peut devenir et ça me fascine.