7
le 7 août 2026
SuivreEssence & Existence
Quatre jeune sur une route qui ne se termine jamais et probablement le budget essence le plus avantageux de toute l'histoire du cinéma. It Ends part d'une idée terrifiante dans sa simplicité, et...
Attention : cette critique contient des spoilers sur la fin du film.
It Ends est présenté comme un film d'horreur. Ce n'en est pas vraiment un. Pas de jump scares, pas de gore, presque pas de violence. Juste quatre amis fraîchement diplômés, une voiture, et une route qui ne s'arrête jamais.
L'histoire est simple : une sortie nocturne pour grignoter un dernier coup avant que la vie sépare les chemins, un mauvais virage, et le cauchemar. La route est sans fin, s'arrêter attire ce qui rôde dans la forêt, et il n'y a pas de sortie. Voilà le pitch. Mais ce n'est pas ça, le film. C'est une allégorie. Et une sacrément belle.
Une route, plusieurs façons d'abandonner
Le film déroule toute une cartographie de l'abandon. Il y a d'abord les hurleurs dans la forêt : ceux qui n'ont pas eu de chance, qui n'ont même pas de voiture, et qui supplient « laissez-moi monter ». Il y a les voitures arrêtées sur le bas-côté : eux avaient un véhicule, de l'élan — et ils ont stoppé quand même. Avoir plus ne protège pas du découragement. Et il y a les quatre protagonistes, qui abandonnent chacun à leur rythme, à leur seuil : l'un dès le début, les autres un peu plus loin. Pas de trahison, pas de dispute. Juste des vitesses différentes — exactement comme les amitiés qui se délitent dans la vraie vie.
On suit aussi une gradation glaçante dans la forêt : d'abord ceux qui hurlent encore, puis ceux qui sont allongés et ne répondent plus quand on les appelle. Le silence, c'est le stade ultime.
La barre de beurre de cacahuète
Depuis le début du film, une barre de cacahuète traîne dans la voiture. Les quatre amis ne ressentent ni la faim, ni la soif, ni la fatigue — une existence figée, hors du corps, hors du temps. Et James, le plus rationnel d'entre eux, écarte l'idée de la manger : risque de « digestion perpétuelle ». Autrement dit : s'engager dans un processus qu'on ne contrôle plus.
La fin du film tient dans ce geste-là. Au bout de la route, il y a un panneau : « fin de route ». Un cul-de-sac. Pas de révélation, pas de but atteint, rien. Et c'est là, au point le plus bas, que James ouvre la barre, la mange, et pleure en disant « putain, c'est bon ».
Manger la barre, c'est choisir de ressentir à nouveau. C'est cesser d'attendre une autorisation pour vivre — une fin de route, un diplôme, une vie « qui commence ». Elle ne commence jamais, la vraie vie. Elle est déjà en train de se passer, maintenant, même au cul-de-sac. C'est le message du film, et il m'a touché en plein dans quelque chose que je me disais gamin : « un jour, quand j'aurai tout, je serai heureux ». J'ai eu ces choses. Le bonheur n'était pas dans la liste. Il était dans l'écoute de soi — celle qu'on réprime par peur d'un risque théorique, comme James et sa digestion perpétuelle.
Une fin qui ne conclut pas — et c'est pour ça qu'elle est belle
Après la barre, James dit « ok, je viens » — à personne, sans qu'on l'appelle — et repart en arrière chercher un inconnu épuisé au bord de la route. Le film se termine sur l'énigme qu'on se posait entre potes au tout début : un homme armé contre cinquante faucons, qui gagne ? Et le mec, épuisé, au bout de tout, répond quand même. Celui qui ne répondait plus à rien, répond.
Le film commence avec quatre amis qui discutent dans une voiture. Il se termine avec deux inconnus qui discutent dans une voiture. La vie continue, simplement avec d'autres. Les rencontres décisives sont fortuites — on ne sait jamais avec qui on passera les prochaines années de sa vie. Et parfois, il suffit que quelqu'un s'arrête pour que celui qui ne répondait plus se remette à parler.
Verdict
Un premier film étonnamment maîtrisé, lent et hypnotique, qui assume l'ambiguïté jusqu'au bout. Ceux qui cherchent un vrai film d'horreur en sortiront déçus. Ceux qui acceptent de rouler avec lui garderont cette route en tête longtemps après le générique.
Il n'y a pas de cap à franchir. Il n'y a que le pendant.
Et la barre de cacahuète qu'on finit par manger.
9/10.
Créée
le 4 oct. 2026
Critique lue 25 fois
7
le 7 août 2026
SuivreQuatre jeune sur une route qui ne se termine jamais et probablement le budget essence le plus avantageux de toute l'histoire du cinéma. It Ends part d'une idée terrifiante dans sa simplicité, et...
7
le 8 sept. 2026
SuivreTyler : La répétition de Schopenhauer Tyler a le mieux compris le piège de la naissance. À quoi bon lutter ? Le silence déchirant de James montre que le néant a raison de tout et que lui même sait...
9
le 4 oct. 2026
SuivreAttention : cette critique contient des spoilers sur la fin du film.It Ends est présenté comme un film d'horreur. Ce n'en est pas vraiment un. Pas de jump scares, pas de gore, presque pas de...