Difficile d'accepter la déception que j'ai ressentie en regardant "It's such a beautiful day", le premier long-métrage de Don Hertzfeldt, étant un très, très grand fan de son court-métrage Rejected (facile à voir en ligne, et que je recommande chaudement à ceux qui ne l'ont pas encore vu, c'est une très bonne introduction à son œuvre).
Mais tirer sur la longueur les gimmicks que Hertzfeldt aime utiliser était risqué (ces gimmicks étant un mélange de prises de vues réelles stroboscopiques, une réalisation favorisant les images qui tremblent, l'intrusion brusque de bruits violents qui désorientent le spectateur, des passages ultra-courts basés sur une scène absurde... etc). Sur une longueur de long-métrage, il aurait été plus agréable d'avoir affaire à un scénario écrit pour ce format, avec une intrigue réellement basée sur des développements, plutôt que sur des effets de réalisations qui fonctionnaient bien sur 9 minutes, mais qui deviennent, à la longue, répétitifs et presque ennuyeux.
Sans compter que le côté brusque de la réalisation (bruits, images tremblantes, scintillements visuels, incohérences volontaires), dont le but est de retranscrire l'état d'esprit du personnage principal, m'ont plus donné le tournis et un début d'épilepsie que développé chez moi un réel intérêt pour les partis-pris du réalisateur. Quant aux incohérences volontaires, elles m'ont éloigné du personnage principal plutôt que donné envie de m'y attacher.
Sur le plan positif, j'ai admiré la peinture absurde de Hertzfeldt, qui brosse le portrait d'une société qui tourne autour de ses sentiments et n'y attache pas toujours de l'importance, qui rêve mais ne sait pas quoi faire de ses rêves, qui souffre et subit parfois la vie de manière tragi-comique.
Don Hertzfeldt, qui refuse les projets commerciaux de peur de perdre son âme, devrait selon moi mettre de l'eau dans son vin et essayer d'affiner son style plutôt que de rester accroché à ses méthodes épileptiques - il y gagnerait peut-être en lisibilité, en accessibilité, et gagnerait probablement l'adhésion de nombreux spectateurs.
Autrement, l'accès à son œuvre restera limité à un groupe de fans hardcore pendant peut-être encore longtemps.