Il est des films qui ne cherchent pas à éblouir, mais à fissurer doucement nos certitudes. It’s Such a Beautiful Day est de ceux-là. En moins d’une heure, Don Hertzfeldt façonne une œuvre d’une simplicité déconcertante et d’une densité émotionnelle abyssale.
À travers Bill, silhouette tremblante d’un homme en lutte avec sa mémoire, on traverse des paysages mentaux brumeux, absurdes, d’une mélancolie insidieuse. L’animation rudimentaire — presque infantile — devient le théâtre d’une poésie crue, où chaque trait vacillant semble porter le poids de l’univers.
Ce qui bouleverse, ce n’est pas la maladie, ni même la mort. C’est la manière dont le film en parle : avec une douceur cynique, un humour absurde, une pudeur déchirante. Hertzfeldt nous raconte l’effritement, non pas comme une chute, mais comme un éclat — un dernier sursaut d’humanité dans un monde de plus en plus flou.
Ce film ne m’a pas simplement ému, il m’a hanté. Il m’a rappelé que, parfois, dans l’infinie absurdité du quotidien, il suffit d’un regard, d’un souvenir, d’un jour ensoleillé pour que tout prenne sens — ou, à défaut, beauté.
Je lui ai mis 9.5/10. Non pas parce qu’il est imparfait, mais parce qu’il laisse une brèche ouverte. Et c’est précisément dans cette brèche que l’émotion s’engouffre.