A l'aube de la seconde guerre mondiale, Abel Gance est en mission. Il milite passionnément pour la paix et l'affiche clairement en exergue. Et il en appelle aux morts de la Grande Guerre, au sens propre comme on le verra à la fin, dans les séquences emblématiques du film.
Dans une première partie, Gance filme la guerre et les tranchées un certain 10 novembre 1918. Dernier épisode tragique pour une poignée de soldats français, dont le dénommé Jean Diaz (Victor Francen) sort indemne. Le cinéaste donne une représentation réaliste de l'environnement de la troupe :la boue, les bombes, la peur. La reconstitution n'est pas sans intensité dramatique et certaines séquences sont cruelles. C'est le préalable utile à la dénonciation virulente de la guerre, de la "monstruosité absurde" par l'auteur. Dans ces conditions, la rivalité amoureuse entre Diaz et un ami soldat parait un incident romanesque incongru ; il trouve sa prolongation dans la deuxième partie du film.
La suite, après une longue ellipse, reflète un scénario maladroit et confus où Abel Gance, se laissant emporté par son engagement sincère, donne dans le mélo halluciné et le pathos. Cela se traduit par une interprétation outrancière, avec deux rôle féminins proches du grotesque, démonstratifs comme à l'époque du cinéma muet.
Et puis, surtout, il y a le personnage de Victor Francen, qui perd pied en ancien combattant, mémoire vivante de la Grande Guerre et accusateur des fauteurs de guerres comme des foules indifférentes et sceptiques devant la menace. L'acteur, passé de la gravité au hiératisme, poursuit dans l'expressionnisme. Il incarne un nouveau Jean Diaz, mystique, voire franchement christique, dans une composition hagarde dont l'acteur a le secret.
Cette longue seconde partie du film est un poème tragique et baroque qui, malgré quelques fulgurances de la mise en scène, n'évite pas les lourdeurs dramatiques, notamment à cause d'une direction d'acteurs en roue libre.