Je n’avais que peu d’espoir lorsque je me suis assis dans cette grande salle de cinéma pour voir Jaat. Eh oui, j’avais vu la bande annonce alors je savais que cet actioner pif-paf avec Sunny Deol ne présageait rien de bon. Au contraire. Et bien, que nenni et quelle agréable surprise, me suis-je dit durant les 20 premières minutes du film. Certes, l’introduction nous affichait d’emblée des ambitions politiques un peu craignos, mais je n’allais pas laisser ce qui m’apparaissait alors comme un détail gâcher ma séance. Certes, la première chanson était pas super bien mise en boite, mais elle dégageait une bonne humeur contagieuse alors pourquoi pas. Certes, la tronche à Sunny Deol m’évoquait plus celle d'un gros Nicolas Cage confis de 92 ans qu’un héros charismatique apte à faire voler ses molets, mais bon, je connais pas bien cet acteur, alors laissons-lui sa chance. Certes la première bagarre était pas folle, mais le film venait de commencer, on allait pas déjà se mettre à gueuler. De toute façons, le son du film (ambiance sonore à peu près au niveau des pistes à l’aéroport Charles De Gaulle un week-end de chassé croisé) ne permettait pas vraiment de se laisser aller à la moindre invective ou remarque désobligeante. Ravalant mes commentaires, j’ai alors été cueilli par la suite du programme, la Rajmata de la maison des méchants était formidablement bien présentée et la suite, l’arrivée tonitruante d’une bande de fliquettes pas avares en coups de bâtons et au verbe fleuri, m’a laissé une grosse banane en travers de la goule. Et si Jaat, c’était une belle surprise après tout ? Et si le film allait nous chier un machin fun et surprenant en tricotant les codes habituels une tarte à l’endroit une tarte à l’envers pour nous faire chandail en pif paf feel good qui allait nous rhabiller pour l’hiver ? Et bien je spoile comme un gros bébé cochon en surpoids, la réponse est non. Parce qu’à partir de là, tout va sombrer lamentablement dans la médiocrité la plus crasse. Les fliquettes sont rapidement réduites à une bande de chouineuses qui devront attendre d’être sauvée par le héros, et si le méchant trimballe bien le charisme de Marc Lavoine dans ses clips de 84, ça suffira pas. Le films enchaîne toutes les figures rabâchées du genre, empruntant évidemment à Prashanth Neel (sans blague), Rajamouli (eh oui), Sukumar (ben tiens) et même Vetri Maaran (attends, what?), évidemment sans jamais atteindre le niveau de ce qu’il pompe. Sans ambition particulière et globalement sans idée, personne ne semble avoir été vraiment motivé pour faire son boulot correctement. C’est globalement très mal filmé et les scènes d’action ont été montées par des gens visiblement pressés de rentrer chez eux. A ce titre, une course poursuite en jeep sur la plage résume parfaitement bien l’absence totale de talent des gens coupable d'avoir secoué le manche de ce machin inepte.
Et si la première partie arrive, de temps en temps, à distraire mollement, la seconde est résolument sinistre. Un autre passage musical désastreux et quelques bastons répétitives plus tard, nous nous approchons du final. Et là je dois avouer que le film a réussi à me surprendre lorsqu’il se permet de citer/pomper/recopier quelques plans de Martin, le consternant kouglof de WTF ultra débilos de l’année dernière. Et là encore, le film a beau tout faire pour sauver les meubles en jouant la carte du film gogo-gadgeto-débilo, il n’a aucune chance sur ce terrain à l’ombre du gros gloubiboulga turbofoncedé que fut Martin. Les gens qui savent savent et ceux qui savent pas, eh bien ils peuvent pas savoir. Et ceux qui voudraient savoir quand même peuvent aller se renseigner sur ce truc et mater par exemple le trailer ou les chansons, parce que ce gogolgoth qui se déhanche avec des vestes couvertes de patchs anarchopunk en ondulant le gangnam style avec des meufs habillées en culottes de peau bavaroises ambiance Laibach Bagarre Mission Impossible on est torché complet et on a beaucoup trop mangé alors je conseille aux gens qui veulent voir le film de quand même mettre des bottes en caoutchouc avant.
Bref, alors que je me disais que ça pouvait pas être plus nul - sans en être vraiment convaincu - Jaat finit par se vautrer dans son final mal torché dans une propagande nationalisto-attardée pour crétins sans cervelle. L’espace d’un instant, le temps s’est ralenti et nous nous sommes retrouvés aveuglés, on était sorti des nuages, ébloui par un ciel bleu sans limite, comme seuls ceux que l’on peut observer lorsqu’on arrive au sommet du pic de la gènance, point culminant de cette chaîne de montagne de caca.
On y a cru 20 minutes donc, mais ensuite le film a beau distribuer des gros coups de pattes, manque de cul, Jaat c’était bien la grosse merde qu’on pensait que ça allait être.