Jabberwocky
6.3
Jabberwocky

Film de Terry Gilliam (1977)

Un Python adaptant Lewis Carrol : La Boucle est bouclée

Jabberwocky est le premier film solo de Terry Gilliam après La Première Folie des Monty Python (1972) et Sacré Graal (1975) qui étaient coréalisés. Le réalisateur adapte ici le poème éponyme de Lewis Carol extrait de De l'autre côté du miroir (1871) avec un budget un peu plus conséquent (500 000 £) que sur le précédent film (producteurs confiant après le carton de Sacré Graal). Ici la nouveauté pour Gilliam c'est qu'il met en image un récit linéaire et non une succession de sketches.

Mais il faut reconnaître que cet aspect saynètes imprègne encore beaucoup le long métrage (beaucoup de scènes décalés mais un longue absence de l'antagoniste monstrueux oublié), ce qu'on pourra toujours lui reprocher tant cela ralenti parfois l'histoire. Heureusement que dans la forme cela se tient bien.

Gilliam bénéficie de décors naturels (châteaux) et studios pour construire son Moyen Age désenchanté. Ce dernier est exacerbé par des trouvailles visuelles très recherchés : le tableau au générique de début puis le cul à l'air d'un mec en train de chier à une fenêtre (échos évidents aux oeuvres de Jérôme Bosch & de Pieter Bruegel). Le costume du Jabberwocky est je trouve super bien fait (par Valérie Charlton qui avait fait le bateau de la scène finale de Sacré Graal), tout comme l'ensemble du dernier acte (filmé intelligemment pour compenser les contraintes techniques). On trouve dans le film une maquette de Gilliam (la tour ouest qui s'écroule) très réussie. Le nombre important de figurant rend l'univers crédible et vivant. Mais dans l'ensemble la direction artistique est une réussie.

Dans Jabberwocky les personnages typiques des contes sont stéréotypés mais dans l'opposé de leurs représentations populaires : le seigneur est un vieux croulant rabougri, la princesse niaise, le héros naïf à l'esprit mercantile, la femme qu'il veut (une femme enrobées qui a juste assez de respect pour lui donner une pomme de terre avariée en gage d'amour) et les puissants marchants. En revanche beaucoup de sujet du roi sont des bouseux. Le personnage principal est héros malgré lui (préfigurant La Vie de Brian), ce qui donne des situations cocasses. Naturellement le long métrage baigne d'un esprit absurde typique des Monty Python (le clochard qui se coupe le pied, les gardes à l'entrée de la forteresse, une critique du taylorisme, un chevalier noir, pipi sur les gens, les giclées de sang, les morts brutales inattendues, ...), lui-même écho du non-sens d'un Lewis Carrol. Autrement dit Gilliam boucle la boucle.

Michael Palin joue un personnage qui lui correspond, Dennis apprenti tonnelier renié par son père cherchant du travail en ville pour finalement devenir champion malgré lui. Je ne connais pas beaucoup le reste de la distribution, outre Terry Gilliam (homme au cailloux) et Terry Jones (braconnier), car elle principalement constitué de grand nom de l'humour, du théâtre ou de cinéma britannique. C'est David Prowse (Dark Vador en costume) qui se cache sous les armures des chevaliers noirs et rouges.

Jabberwocky sorti 2 ans après le monument Sacré Graal souffre inévitablement de la comparaison. Pour l'apprécier il faut le prendre comme le galop d'essai de Gilliam avec un sujet qui lui est plus personnel. Comme écrit plus haut dans la critique le réalisateur a encore des difficultés à s'émanciper du film à sketch qui à mon humble avis freine le rythme du long métrage.

Créée

le 9 août 2025

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