Don Gregor est un fils de bonne famille californienne qui a mal tourné à cause de la mauvaise influence du gangster Vic Brady avec qui il s'est lié au grand désespoir de son père,éminent chirurgien esthétique,et de sa soeur la très classe Marilyn.Jusqu'au jour où il monte au braquo avec son complice et tue un gardien.Là ça ne rigole plus et il est en fuite mais Brady,qui sent que le jeunot va se livrer à la police et tout avouer,le capture et le séquestre.Il en profite pour obliger Gregor père à l'opérer afin qu'il ait un nouveau visage lui permettant de passer incognito.Alors Edward Wood Jr,dit Ed Wood,est ce fameux cinéaste américain réputé pour avoir obtenu le titre peu enviable de plus mauvais réalisateur de tous les temps.Un titre bien sûr usurpé car,même si ses films ne sont pas terribles,on a vu bien pire en la matière.D'ailleurs il a connu depuis une forme de réhabilitation qui a connu son point culminant avec le biopic "Ed Wood" que lui a consacré Tim Burton en 1994.Il faut donc l'estimer à sa juste valeur,celle d'un artisan fauché qui a mouliné des films folklos de série Z ratés mais amusants dans leur bricolage,leur naïveté et leur enthousiasme,car le gars était persuadé de bien faire.Il a surtout oeuvré dans le fantastique,dont son nanar "Plan 9 from outer space" est un des fleurons,mais là il s'attaque au film noir avec ce thriller maladroit mais irrésistiblement sympathique avec son premier degré inébranlable en décalage avec une histoire salement barrée.Wood en est le réalisateur et l'a coécrit avec Alex Gordon,s'entourant d'une équipe de fidèles,pour l'essentiel des ringards au bout du rouleau ou des never been.Les faux raccords pullulent,les dialogues sérieux jurent avec le ridicule des situations,les réactions des personnages sont surréalistes et le rythme incertain,mais l'auteur parvient malgré tout à déployer une narration à peu près cohérente qui se conclura même par un joli twist final.Pour en arriver là,il aura fallu en passer par nombre de séquences involontairement gaguesques qui trouvent leur accomplissement dans la scène du cadavre planqué debout dans la cuisine et de l'opération à l'arrache dans une chambre d'hôtel,grand moment de cinéma.Le toubib,imperturbable,endort le patient simplement en le chloroformant!Pour une intervention de charcutage de gueule qui va durer des heures!Et bonjour l'hygiène,on fait ça relax,sur le canapé du salon.On se demande pourquoi on se complique la vie avec des anesthésies massives et des protocoles médicaux tatillons,vive la boucherie à l'ancienne!Mais pas de problème,tout va bien se passer,jusqu'à l'enlèvement des pansements et au dévoilement de la nouvelle physionomie,genre "qu'est-ce qu'elle a ma gueule?".Les acteurs sont assez déplorables mais on n'avait pas les moyens de prendre les plus chers.Lyle Talbot,qui joue le policier en chef,Timothy Farrell,le truand irrécupérable,ou Dolores Fuller,la gentille frangine,sont des habitués des films du Maître,tout comme le chef-opérateur William C. Thompson,dont le noir et blanc est moyennement performant.Il y a aussi le vétéran Herbert Rawlinson,qui mourra peu après et dont ce sera le dernier film,en médecin père noble,Clancy Malone qui joue son petit con de fils ou la très choupinette Theodora Thurman en pépée du gangster bien soumise.Il est à remarquer que Fuller,sacré beau brin de fille elle aussi,était la compagne de Wood et qu'après leur séparation elle deviendra parolière,écrivant les textes des chansons de plusieurs films avec Elvis Presley.Et puis il y a la surprise du chef avec l'apparition en inspecteur adjoint du culturiste Steve Reeves,alors un débutant dont c'était le premier vrai rôle et qui deviendra à partir de 1958 avec "Les travaux d'Hercule" une star du péplum italien,plus réputé pour sa musculature que pour ses qualités de comédien.Du reste Wood ne résiste pas à l'envie de le shooter torse poil lors d'une scène en plein commissariat qui ne justifiait nullement qu'il tombe la chemise.