Au-delà d’être passionnant, le film documentaire consacré à Jane Goodall a ce quelque chose de cinématographique qui questionne le rapport à l’image et, surtout, la légitimité de trahir, à leur insu, l’intimité des animaux. Or ici on ne discerne qu’une faible frontière entre l’animal et l’homme, sinon que ce dernier voyage dans le monde pour apprendre aux autres à connaître ce premier. Le réalisateur place sur le même plan un enfant, qu’il soit bébé singe ou bébé humain, traduisant ainsi l’inextricable relation entre vie intime et vie professionnelle. L’essentiel, c’est la passion. Et la démarche de Goodall se trouve parfaitement retranscrite dans le film : la pédagogie ne se pense jamais comme un cours didactique mais découle de l’image brute, de la réalité captée par la caméra. Car tout est filmé à la manière d’un journal de bord, avec la même simplicité d’un quotidien pourtant doté d’une charge extraordinaire. Philip Glass se charge d’ailleurs de décupler cette puissance magique par une création musicale sublime où gronde l’ivresse : les notes pleuvent comme des gouttes d’eau, saisissent l’urgence et la passion constitutives du parcours du couple principal. Et on ne pourra que louer cette attention portée non pas seulement à la femme mais surtout au couple ; celui qui tient la caméra ne parle pas mais nous apprend beaucoup par sa manière d’aborder la pellicule et les images qu’elle cristallise. Jane parvient à redonner vie aux images d’archive et à restituer le souffle dans lequel elles furent captées. En ce sens, le film reproduit l’ambition de Goodall, à savoir partager consciemment avec un spectateur des moments de vie que le monde contemporain, plus que jamais, menace de faire disparaître.