Que penser, en 2026, d'un film de distraction de 1938?
Cela se passe, pour l'essentiel, dans un pensionnat de jeunes filles.
Ceux qui espèrent les provocations humoristiques des jeunes rebelles de StTrinian - les dessins de Ronald Searle et les 8 films qui ont suivi - en seront pour leurs frais. Nous avons quelques scènes d'indiscipline collective qui ne vont pas loin et les frondeuses retournent vite vers la docilité sous l'autorité du "beau" Charles qui confine nos intellectuelles aux tâches ménagères.
Au plutôt qui fait le beau, attifé de macarons de cheveux blonds sur son haut front, auréolé d'un chapeau qui tient pas miracle sur l'arrière du crâne, même lorsqu'il gravit les escaliers quatre à quatre dans une énergie volontariste et juvénile. Il parait qu'il décida cette esthétisation car il n'aimait pas son visage qu'il trouvait poupin. Ce pis-aller participa de son succès et est resté favorablement gravé dans la mémoire populaire.
Les nostalgiques de "l'âge d'or" du porno ne trouveront pas non plus un prototype de La pension des fesses nues (1980). Quoiqu'il ne faille pas sous-estimer l'érotisme que devait se dégager, pour l'époque, de ces brochettes de jeunes filles en short, alignées en rang. Toutes plus belles les une que les autres, enfin, surtout celles du premier rang. Des spectateurs adolescents ont du envier Charles, seul jeune homme ayant la chance d'évoluer parmi elles et s'efforçant d'être insensible à leur(s) charme(s). On sait depuis qu'il ne forçait pas son indifférence. Il se livrera cependant à deux baisers hétéros aussi fougueux que pudiques, une des deux têtes s'interposant afin de cacher à la caméra des bouches qui ne se touchèrent peut-être que dans notre imagination.
On voit des peintures de caractères féminins bien datés. Odile (Janine Darcey), charmante jeune fille réservée mais romantique, prête au suicide par désespoir amoureux. Nicole (Nina Sinclair) belle, pimbêche et jalouse. Clarita (Claire Monis), mexicaine croyante mais arrangeante. Chez les aînées nous avons Mathilde (Margo Lion), l'intendante, qui semble avoir pour le directeur irresponsable une indulgence coupable, et Linda Flor (Lynda Myren), une Mexicaine qui chante une romance slavisante! Elles incarnent des femmes d'expérience qui considèrent avec philosophie l'amour et l'argent, le premier concernant les jeunes et le second concernant les aînés. Par la voix de Charles, les jeunes viennent réclamer leur liberté. L'année suivante la Guerre bloquera leur élan.
J'identifie aussi Jean Solar, comparse du réalisateur, en chanteur convaincant et chef du chœur du personnel de maison. Une jeune Micheline Presle se cacherait parmi les pensionnaires. On remarque aussi quelques bien jolies femmes parmi des figurantes adultes. Leur style me fait regretter l'inexistence d'une machine à remonter le temps où je me risquerais pour les rejoindre. Je m'égare, il ne s'agit pas d'un film de SF. Si je m'autorise à être aussi hétérocentré c'est que le reste de la distribution ne propose que des messieurs bourgeois et des vieux barbons.
Nous avons un scénario que les spécialistes appelleraient mélodramatique, même s'il n'a rien de tragique et est essentiellement léger. A savoir une suite assez incohérente de surprise, de petits coups de théâtre et de gags de répétition. Ce qui nous lasse aujourd'hui devait ravir un public qui se réjouissait de l'instant. C'est désordonné mais on ne vise pas, loin de là, le tumulte des Branquignols.
Au niveau des qualités, on note une photographie claire qui restitue bien la lumière de l'été, quelques belles automobiles, car Charles est à la fois auteur-compositeur et chauffeur pour touristes.
Quelques scènes collectives modestement imitées des comédies musicales américaines. Ainsi une jolie farandole dans le parc. Et un plan architectural où une jeune fille apparait à chaque fenêtre du château. Dans le même ordre d'idée, oui, c'est un film musical. Pourtant cela ne me semble pas si saillant. Nous avons là des chansons qui ont marqué leur époque. Mais justement cette époque est révolue et il ne s'agit peut-être pas des plus belles et des plus poétiques de Trenet. L'orchestre, aux orchestrations sérieuses, est très présent mais malheureusement affadi par l'absence de jazz. Pourtant le swing se veut là. Les figurants et Charles tressautent de bas en haut et ce dernier bat des bras d'une manière qui, au mieux, fait sourire. C'est involontairement comique. Malgré la présence du Fou chantant et sa proximité avec Johnny Hess, les auteurs ont édulcoré la prémonition du mouvement Zazou qui débarquera bientôt
Si l'ensemble reste assez mince, on pourra cependant se satisfaire de quelques bons moments de jeu, ainsi du duo formé par monsieur Roy (Félix Oudart) et de Mathilde (Margot Lion), aux échanges savoureux et complices. Carette, qui en fait trop, et Tissier, qui, pour une fois, n'en fait pas assez, sont un peu en retrait.