Mettons tout de suite de côté les soucis judiciaires du réalisateur de film et l’effet miroir invoqué, « Je le jure » étant un film, justement, qui plonge dans les méandres de la justice. En effet, mieux vaut continuer à séparer l’œuvre de l’artiste (n’oublions pas que des centaines de personnes travaillent sur un film) pour nous concentrer uniquement sur le long-métrage en lui-même, nonobstant ainsi ses conditions de tournage singulières que l’on ne ressent pas vraiment en visionnant le produit fini. Car Samuel Theis, le réalisateur, a été accusé de viol par un de ses techniciens durant le tournage l’obligeant ainsi à diriger ses comédiens (et donc le film) dans une pièce séparée, procédure inédite que ne trahit pourtant pas le résultat.
En voyant « Je le jure », on pense beaucoup sur le fond au dernier excellent thriller judiciaire de Clint Eastwood, « Juré 2 ». On y plongeait également dans les arcanes d’un jury mais dans le système judiciaire américain, très différent du nôtre mais où les jurés ont les mêmes desseins. Sauf que ce que nous propose Samuel Theis est aux antipodes de l’illustre cinéaste nonagénaire sur tous les plans en dépit de ses prémisses similaires. Ici pas de thriller tentaculaire avec intrigue retorse autour de laquelle gravitait le fonctionnement d’un jury (malgré une plongée identique dans son fonctionnement et les mêmes interrogations morales) mais un film presque documentaire qui décortique le process d’un procès d’assises et d’une affaire en particulier. Encore un peu, on se croirait chez Raymond Depardon.
Peut-être un peu austère parfois, le long-métrage est tout de même bien plus passionnant que le déplaisant « Saint-Omer » qui, en nous faisant également suivre un procès d’assises, était d’un ennui incommensurable. On y apprend beaucoup de choses sur ce rôle, qui s’apparente à un devoir citoyen et découle d’un tirage au sort. Un rôle prépondérant au sein de la justice française. Et, bien sûr, les débats entre les jurés de différentes sensibilités sont passionnants. Dommage que l’affaire en elle-même ne soit pas du même acabit. Le script aurait pu trouver plus tortueux, complexe et palpitant comme affaire pour densifier encore plus les débats. D’ailleurs, petite originalité, ici on ne juge pas de la culpabilité d’une personne mais de quelqu’un déjà jugé coupable qui fait appel pour qu’on revoit sa peine.
« Je le jure » souffre de quelques longueurs et d’un traitement clinique qui l’empêche de convaincre pleinement et, surtout, de scènes annexes hors de la cour et du tribunal qui semblent appartenir à un autre film. Pas forcément déplaisantes, elles jurent tout de même et déséquilibrent le long-métrage. On dirait un autre film qui parle des petites gens de l’Est et d’une histoire d’amour compliquée entre un homme et une femme d’âge mur. Theis ne livre pas ici son meilleur film (on lui préfèrera le magnifique « Petite nature ») mais cela reste assez captivant et instructif pour passer un moment inédit. Et que ce soit les acteurs non professionnels et les confirmés, ils sont au diapason notamment la toujours impeccable Marina Foïs qui, dans le rôle de la juge, vulgarise avec brio par le biais de son personnage un environnement complexe et opaque pour beaucoup.
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