Je vous salue, Mafia, avait tout pour être un polar de rêve : Raoul Lévy derrière la caméra, Eddie Constantine en tête d’affiche, et autour de lui une véritable ONU du cinéma — Henri Silva, Elsa Martinelli, Micheline Presle, Michel Lonsdale… Sur le papier, c’est un festival. À l’écran ? C’est plutôt une longue veillée funèbre.
Commençons par l’arnaque principale : on vend le film comme un Eddie Constantine movie, mais Eddie, lui, fait surtout de la figuration de luxe. Il passe dire bonjour au début, revient pour dire au revoir à la fin, et entre-temps… il est en RTT. Pendant tout le film, on suit surtout Henri Silva et Jack Klugman, deux tueurs censés l’abattre, mais qui semblent surtout décidés à abattre le rythme du film.
Et quel rythme ! Un montage pachydermique, qui confond lenteur et suspense. Chaque scène s’étire comme si la pellicule coûtait moins cher quand elle durait plus longtemps. La tension essaie parfois de naître, timidement… mais elle est aussitôt étouffée par un dialogue plombant ou un plan inutilement long. On ne coupe pas : on laisse mourir.
Le scénario, lui, donne l’impression d’avoir été écrit sur des serviettes de bar, retrouvées dans le désordre. C’est décousu, mal articulé, et on peine à comprendre où le film veut aller — et surtout pourquoi. Les personnages entrent, sortent, disparaissent sans laisser de trace, comme s’ils avaient raté leur correspondance dans le récit.
Techniquement, le noir et blanc est d’une tristesse abyssale. Pas de vrais contrastes, pas de travail d’ombres à la hauteur du film noir : l’image est plate, grise, sans relief, comme si la mafia avait coupé le budget éclairage. Même les ruelles sombres n’ont rien de menaçant : on dirait plutôt des décors fatigués.
Côté acteurs, c’est le grand gâchis. Elsa Martinelli est réduite à une présence fantomatique. Micheline Presle et Michel Lonsdale ? On les aperçoit à peine — clignez des yeux et ils ont déjà disparu. Et Henri Silva, pourtant impressionnant d’habitude, semble ici tourner en pilote automatique. Le plus cruel, c’est que tout ce beau monde est sous-exploité. On a l’impression d’assister à un dîner de stars… où personne n’a le droit de parler. Alors oui, il y a parfois quelques perles dans les dialogues, deux ou trois répliques qui réveillent. Mais c’est trop peu, trop rare, pour sauver un film aussi mou, aussi lourd, aussi laborieux. On attend que ça démarre, que ça explose… et ça n’arrive jamais.
Au final, Je vous salue, Mafia, c’est un polar sans nerf, sans souffle, sans vraie mise en scène, qui confond gravité et ennui. Un film où même la mafia semble manquer de motivation. Et quand on voit ce potentiel gâché, on comprend très bien qu’on ait envie d’aboyer devant l’écran: parfois, c’est la seule réaction possible face à un tel naufrage.