Ce qui surprend en premier, ce sont la colorimétrie et les silences qui animeront presque toute l’œuvre : le récit s'ouvre sur l'année 1815 et ses éclairages sombres à la chandelle, jamais à la bougie. Une fin d'après-midi en automne, une nuit chez l'évêque et la couronne d’épines de l’ancien forçat. Tout est dans l'ÉPURE et l'ombre. Tout pousse à se rapprocher, à entrer dans l'intimité de chaque protagoniste ; les analepses éclairant des passés sombres ne sont pas en reste.
Afin de rendre SENSIBLE cette intimité, les sens ne sont pas en reste : tous sont sollicités avec PUDEUR : aucune couleur criarde, une soupe légère et quelques pommes pour le goût, quelques vieilles roses presque fanées pour l'odorat, le moins de contact possible sauf une pudique accolade entre Valjean et l'évêque. Quant à L'ouïe, le générique de fin à la seule harpe conclut l'essentiel de cette approche... La trouvaille d'Eric Besnard? Une des plus belles lumières est celle de la carrière dans laquelle le forçat Valjean souffre l'enfer sur terre.
L'image du clair-obscur file la MÉTAPHORE ; si bien que d'un passé sombre, le réalisateur nous amène à un avenir paisible des personnages. L'avenir radieux de M. Madeleine est suggéré mais n'est pas filmé puisque ce n'est pas le propos de cette œuvre. En revanche, chaque personnage est en proie aux problèmes humains et chrétiens du Pardon. Celui que l'on offre aux autres, et presque impossiblement à soi-même. Chaque personnage est sujet à la Rédemption, dans la continuité de Victor Hugo. Chaque personnage, enfin, se convertit. Conversion à la charité pour l'évêque (rappelant les Béatitudes du Christ sur le montagne), judicieusement surnommé « Bienvenu », conversion au Bien pour Valjean après le douloureux épisode de l'enfant volé, etc. [car je ne voudrais trop en dire...] Ce sont réellement le Bien et le généreux qui inspirent le réalisateur, ce jusque dans les remerciements en fin de générique... Un film sur la Lumière ? Je pose simplement la question.
Aussi le rythme narratif est-il alangui. Il ne peut finalement en être autrement.
Et si je m'attendais a priori à davantage d'actions, c'est sans regret aucun que je rencontre la lenteur pour les cris puis le chuchotement du pardon, la redécouverte de l'ALTÉRITÉ, la grandeur et les faiblesses de l'Humanité. Un film élégant, distingué où l'on n'occupe pas le spectateur par des formes de vulgarité.
La part belle, enfin, revient aux acteurs dont beaucoup sont à contre-emploi et EXCELLENT dans le rôle qui leur incombe. Alexandra Lamy et, surtout, Bernard Campan qui laisse sans voix. Quant à Grégory Gadebois qui incarne le héros hugolien, il suscite l'admiration.
Pour conclure, pourquoi ai-je mis « seulement » 8/10, m'objecterait-on ? Parce que que j'ai peu goûté l'intersession de Claude Gueux, même si l’œuvre aborde le problème du crime et de son châtiment équitable... Parce que je regrette aussi, vieux prof que je suis, l'ouverture du sujet. Celle proposée par la chute du film me laisse dans la compassion. J'aurais été en quelque sorte soulagé par une dernière Lumière sur le devenir de cette belle figure d'humanité qu'est Valjean.