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le 8 oct. 2019
SuivreRenouvelle Hollywood?
Le succès incroyable de Joker au box office ne va pas sans une certaine ironie pour un film qui s'inspire tant du Nouvel Hollywood. Le Nouvel Hollywood, c'est cette période du cinéma américain ou...
Objet d'attentes insupportables avec ses images alléchantes, le choix de Joaquin Phoenix et son simple postulat, Joker se devait de gagner un double pari (pas si simple que ça à mettre en oeuvre) : Apporter à la fois quelque chose de nouveau au vilain psychopathe de l'univers de Batman et rester dans la cohérence de ce même univers. Notamment vis à vis de ce qui avait déjà été mis en place avec Heath Ledger, pas si simple de passer après une telle performance. Sans parler de la qualité de sa prestation, il faut parler de la face du personnage qu'il mettait en exergue : Son goût prononcé pour le chaos simple et pur, une haine indescriptible et incurable pour le personnage de Batman et la société dans laquelle il vit. Une créature sans nul autre but que celui de détruire et que plus rien ne peut atteindre.
Joker ne fait ici ni plus ni moins que de gagner ce double pari. Sans grande surprise, il répond aux attentes qu'avaient créé les teasers. Je vais essayer d'analyser les raisons de ce succès de la manière la plus brève possible.
Là où Joker se révèle extrêmement passionnant, c'est par la manière dont il dépeint la société dans laquelle progresse le personnage (déjà mentalement atteint et empli de pensées négatives dès le début : Le film ne laisse aucun ressort à son protagoniste !). Allant jusqu'au boutisme de son propos, il dépeint un monde profondément malade. Que cet aspect se perçoive dans le bureau de la psychologue, dans une rue remplie d'ordures, ou un métro à la lumière grésillante, il ne fait que s'amplifier à mesure que le film avance. Une colorimétrie verdâtre, des plans volontairement décadrés (beaucoup de contre-plongées, et de cadrages serrés captant le regard fou de Joaquin Phoenix), tout transpire le mal-être. Toujours représenté derrière des barreaux, se cognant à des vitres, ou au milieu de plans symétriques qui l'enferment au centre d'un cadre dans le cadre, Arthur ne pourra jamais échapper à l'étau qui se resserre sur lui.
Même dans la vision d'artiste raté du futur Joker, les choses ne s'arrangent pas : Les rares espoirs donnés dans des visions qu'il se fait de son succès procurent un sentiment de malaise. Oui, parce qu'à aucun moment, ils ne paraissent en adéquation avec le monde qu'il l'entoure (les scènes où il s'imagine applaudi sur le plateau de Robert de Niro procurent le même sentiment terrible que celles où Ellen Burstyn entre dans l'émission de TV qui l'obsède dans Requiem For A Dream) . Offrant toujours un point de vue en décalage avec l'environnement proposé, le film dérange puisqu'il montre pourtant que c'est ce même environnement qui influe sur le personnage.
Le film raconte comment, progressivement, la société malade nourrit la maladie de Arthur. Elle la nourrit, puis s'en nourrit pour finalement créer le monstre qui sera le Joker. Le développement du personnage est brillant : On assiste à son rejet toujours plus virulent par l'ensemble du monde auquel il essaie de s'adapter. On ne lui donne aucune place, personne ne trouve le moyen de le faire exister, ou de lui dire comment faire. Il le trouvera lui-même. Représenté (et c'est aussi un parti pris intéressant) comme un artiste du début à la fin, jamais en paix avec son véritable lui, il ne se sentira lui-même que dans son personnage, ce personnage qu'il s'est créé par OPPOSITION à la société, par dégoût. C'est donc bien elle qui l'a engendré. Et elle continuera de le soutenir (lorsque Arthur tuera les trois hommes qui l'ont agressé dans le métro, des manifestants déguisés en clown qui soutiennent son acte vont le pousser à se rendre compte que c'est pour lui désormais la seule façon d'être quelqu'un.)
Construit comme une tragédie, à aucun moment Joker ne se révèle être un film empli de surprises, mais il revêt la dimension spectaculaire du genre dramatique. Sa structure de longue descente aux enfers, son lots d'images marquantes au ralenti, et sa façon de nous y faire croire toujours un peu même lorsqu'on sait pertinemment que chaque nouvelle scène sera pire que la précédente. Joker est un film empli de rage, extrêmement violent, et qui restera cohérent avec lui-même jusqu'au bout. A aucun moment il ne sera tendre avec son personnage ou ceux qui le croiseront, il dépeindra son portrait d'un Gotham au bord du gouffre sans aucun compromis. Et c'est ce choix qui rendra l'oeuvre logique et cohérente avec le mythe du Joker : Un personnage qui n'a plus rien à perdre, a-t-on dit, qui ne souhaite rien d'autre que le chaos (comme un artiste créé une oeuvre de façon désintéressée). Voilà chose faite, maintenant le Joker n'a aucune raison d'être autre chose que ce qu'il est. Voilà comment on créé un mythe, ou un monstre, dans le cas présent. Joaquin Phoenix, habité, livre une formidable interprétation (tout tourne autour de ce rire qui respire lui aussi le mal-être profond et dérange), et fait revivre le Joker à nouveau. Je ne le développerai pas dans cette critique, mais le lien avec la famille Wayne et le futur Batman est établi avec énormément de justesse, et semble logique de bout en bout. Pourtant, il n'ira pas trop loin et saura s'arrêter en laissant le Joker dans une profonde solitude et une folie qui s'auto-alimente. Le seul lien qu'il restera avec la famille Wayne sera alors le statut de cible. De cible à faire souffrir à tout prix.
Un film profondément pessimiste, donc, mais redoutablement efficace dans sa démonstration de l'incarnation du mal par le mal. Joker refuse que toute sensibilité s'attarde sur son personnage, mais laisse une empathie dérangeante se créer malgré tout, empêchant tout manichéisme de pénétrer son monde. S'il peut repousser certains, un tel procédé ne peut laisser indifférent.
Créée
le 18 oct. 2019
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8
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