Là où certains voient une rupture avec le premier opus, Folie à Deux s’impose en réalité comme la continuité thématique radicale de son aîné. Le récit troque la violence viscérale pour une délirante symphonie de folie musicale qui en constitue le cœur battant, au risque de dérouter ceux qui n’y cherchaient qu'un simple film de super-vilain.
Le véritable tour de force de Todd Phillips est la déconstruction incessante de la figure mythique du Joker : l’alter ego d’Arthur Fleck n’est qu’un mirage, une pure illusion nourrie par son propre délire et la projection fanatique de ses "admirateurs". Cette thèse est posée avec brio dès le très réussi prologue, une séquence stylisée et ironique façon Looney Tunes qui établit immédiatement le ton.
Visuellement somptueux, le film est porté par des séquences musicales oniriques qui transcendent le genre, évitant l'ostentation au profit d'une intensité émotionnelle envoûtante. Il déconstruit encore davantage la figure du vilain le plus iconique de Gotham, n'échouant qu'à la toute fin, dans un final qui tente, ironiquement, de réconcilier Arthur avec sa propre légende.
Malgré cette conclusion qui cherche à "rattraper" l'icône, Folie à Deux demeure une œuvre furieusement audacieuse et résolument libre, confirmant sa place d'objet cinématographique hors-normes. Une franche réussite !