Stanley Kramer réalise un film didactique et ambitieux. Le cinéaste entame, à l'échelle d'un film de trois heures, le procès de l'Allemagne nazie. A travers l'accusation de complicité de crimes contre l'humanité qui pèse sur quatre hauts fonctionnaires et magistrats allemands, c'est l'attitude du peuple allemand tout entier et de son administration qu'a à juger le juge américain Haywood (Spencer Tracy). Etat des lieux politique, social et économique de l'Allemagne des années 30, faiblesse et hypocrisie des Européens sont évoqués ouvertement ou non tout au long du procès.
Il reste que ces trois heures de film, c'est un peu court pour aborder les tenants et aboutissants du nazisme et en même temps bien trop long, par moments, au regard d'une dramaturgie austère et d'un débat procédurier très commun. Certes, la sobriété et la rigueur de la mise en scène conviennent au sujet et il rare, d'ailleurs, que le cinéma américain respecte, au détriment du spectacle, la gravité et l'authenticité de faits historiques. Mais la mise en scène est à ce point figée et bavarde que je suis resté le plus souvent indifférent aux arguments de l'accusation comme à ceux de la défense, d'autant plus qu'on y trouve beaucoup d'évidences et de choses sues.
On trouvera heureusement vers la fin du film des séquences plus fortes, parmi lesquelles des images accusatrices des camps de concentration et le remord en forme d'auto-critique de l'un des accusés (Burt Lancaster, longtemps impassible et muet).
Régulièrement, le procès s'octroie des aérations, où l'on voit le sage président Haywood rencontrant l'habitant et appréhender le nazisme selon d'autres points de vue que le sien, moins juridiques, plus humains. Encore une fois, si le sujet traité manque paradoxalement de relief dramatique ou d'émotion, la faute en revient à une réalisation pas assez riche et inventive.