Ma déception est à la hauteur de mon admiration pour les artisans qui ont conçu le film.
A sa sortie, j'avais adoré Junk Head. L'ambiance qui se dégageait de ce premier long métrage n'avait que peu d'égal. Dans des décors à couper le souffle, on suivait les déambulations d'un robot dans un univers souterrain absolument merveilleusement dégueulasse. Impossible de décrocher de cette virée dans les enfers tant tout révélait du travail d'orfèvre. Le véritable tour de force résidait dans le silence qu'offrait le film. A coups de bruitages ou de borborygmes, l'histoire se déroulait de manière fluide, emportant avec elle le spectateur fasciné par cet univers sans parole mais tellement bavard.
Mais trêves de doux souvenirs, qu'en est-il de cette suite-préquelle ?
Il y a un point sur lequel tout le monde s'accordera : comme son prédécesseur, Junk World est magnifique. L'animation est superbe, les décors sont à couper le souffle, les designs sont bien crades et inventifs comme il faut. Et d'ailleurs, tout ce travail est joliment en valeur pendant la meilleure partie du film : son générique de fin.
Ensuite, c'est là que ça se corse. Loin de la simplicité et de la subtilité du premier opus, ce second volet est bavard. Foutrement bavard. Horriblement bavard. Au point que ça en devienne horripilant. Les personnages n'ont de cesse de causer. Tantôt pour rien dire. Tantôt pour raconter une histoire qui se déroule pourtant sous nos yeux. Dès la première minute, ça commence mal : le film débute avec un long monopole puis une exposition barbante de l'intrigue et des enjeux. Enjeux répétés à foison mais définitivement incompréhensible. Il est question d'accélérateur de particules, de physique bidon, de guerre pas claire,... Bref, ça peut se résumer à "les perso doivent se rendre à un point P" et basta !
Le film est lent et peine à provoquer de l'intérêt. Quelques scènes touchent du doigt la maestria de Junk Head mais elles sont rares et laissent souvent place à une construction digne d'un jeu vidéo, qui tue toute l'ambiance. La scène de l'entrée dans le village aurait pu (aurait dû) être géniale. Au final, elle est comparable au donjon d'un rpg avec une succession d'ennemis.
Ajoutez à cela que l'histoire se répète dans une tentative bancale de voyage dans le temps et vous obtenez un film où l'ennui s'installe lorsque l'émerveillement pour l'animation s'estompe.
Des scènes qui flirtent avec le vulgaire viennent plomber le bilan. Et si, en plus, vous êtes allergiques au surjeu japonais, l'expérience peut devenir carrément désagréable.
En bref, impossible de mettre une trop mauvaise note à Junk World ; la technique justifie que l'on regarde le film. Mais quelle déception de passer de ce film tellement glauque et subtile qu'était Junk Head à ce machin mal ficelé, bavard et trop long qu'est Junk World.