Ce qui me plait par dessus tout dans ce film c'est la structure parfaitement équilibrée du scénario, cette écriture millimétrée, ce parfait dosage entre humour, tendresse et profondeur des sentiments et émotions, une juste balance, une combinaison aux élégantes proportions.
Bien entendu, on s'entend sur le fait que les personnages s'éloignent d'un certain réalisme notamment à cause ou grâce à des dialogues ciselés, percutants et drôles à tout bout de champ. Il s'agit de personnages de fiction et l'énergie qu'ils démontrent à cingler leur conversation de bons mots et de remarques pertinentes perd en crédibilité ce qu'elle gagne en puissance émotionnelle.
A ce propos le personnage jouée par Ellen Page est on ne peut plus caractéristique de ces personnages pûrement fictionnels, nés de la culture sitcom, incapable de discuter sans vanner toutes les dix secondes, de ceux qui agitent leurs doigts pour mimer les guillemets en quelque sorte. Mais dès lors qu'on parvient à faire fi de cet aspect fictif du personnage, on est bercé par son enthousiasme et la puissance de son désir de vie, sa fougue jamais démentie. Un personnage attachant. Facilement.
On sent également que le ou les scénaristes en ont profité pour dégainer sur tout ce qui bouge le petit doigt réprobateur de la société humaine et moraliste. Le sujet s'y prête en effet. Par exemple, l'uppercut que reçoit la praticienne lors de l'échographie ne cache pas son côté jouissif, une sorte d'avalanches de baffes sur la face de la vilaine moralisatrice prompte à porter des jugements de valeur destructeurs.
J'ai aimé également les récits de la caméra. Juno qui fend la foule à rebours ou ce plan aérien quand elle redémarre après avoir pleuré un bon coup, avec la route en ligne verticale de sa vie et l'horizon pas si lointain pour ligne de mire. En avant. Juno va toujours de l'avant.
Reste un couple dysfonctionnel ("comme ils diiiiisent") un peu raté... l'interprétation, un peu trop visible. Iceberg en vue! Et finalement un peu trop caricatural avec ses écrasements, l'ego surdimensionné de la dame et celui atrophié du monsieur... bref, un peu de subtilités dans leurs rapports n'aurait pas fait de mal. Tant pis.