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le 2 nov. 2024
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Clint Eastwood, ça fait le café ! L'interstice cinématographique dans lequel notre cow-boy préféré aime s'installer est toujours teinté d'un mélange de chaleur et de lucidité vis-à-vis de l'Amérique. Dans Juré n°2 c'est le mythe idéaliste de la justice qui paradoxalement est jugé. Un système judiciaire et des normes juridiques construits mais qui se parent d'allégories idolâtrées, de cérémonials et autres procédés performatifs servant à confirmer ce qui se veut aller de soi. C'est cette légère distinction entre la Vérité et la Justice qui est exploité dans Juré n°2, particulièrement chez le juré et la procureur. L'intrigue progresse naturellement jusqu'à arriver à un nœud, un cas de conscience franchement convainquant (c'est le gros point fort du film). On comprend en même temps que le juré que la Justice n'est jamais la justice en soi, elle est toujours la justice de quelqu'un : la procureur veut une victoire pour les élections à venir, la société veut un coupable ... Le juré qui prend progressivement conscience de cette réalité doit faire face à un dilemme impossible : se protéger lui et sa famille ou se dénoncer pour protéger un innocent accusé par sa faute ? serait-ce finalement de l'hybris d'aspirer à la vérité ? Petit à petit, Eastwood nous mène à penser que ce temple supposé de la Vérité où le mensonge serait un sacrilège nécessairement démasqué et punis n'est en réalité qu'une représentation. La barre est une scène, le banc des jurés un orchestre. L'efficacité d'un jugement n'est plus lié à son adéquation avec la vérité mais avec sa rapidité d’exécution et sa capacité à satisfaire ce désir de justice, un sentiment présenté d'avantage comme une passion que comme une vertu désintéressée. La question de la repentance est aussi développée avec cette construction symétrique entre le juré et l'accusé, les deux partageant des antécédents criminels, l'un des deux seulement ayant réussi à les faire oublier aux yeux de la société par son jeu de bon époux. L'image d'Épinal de la famille nucléaire étasunienne est ainsi déconstruite, montrée comme un camouflet imposé pour s'insérer dans la société mais aussi comme un prétexte pour justifier les plus grands vices. Comme toujours avec les films d'Eastwood, Juré n°2 est une œuvre intelligente qui donne à voir l'Amérique et sa mythologie fondatrice avec lucidité.
Malheureusement Juré n°2 souffre aussi des mêmes limites que les autres films de Clint Eastwood, à savoir un plafond de vert esthétique. C'est pourtant moins gênant que pour Million Dollar Baby ou Gran Torino car le genre du film de procès est tellement codifié qu'il est difficile de s'émanciper des ses carcans (et comme pour le reste de sa filmographie, l'objectif est de porter un regard honnête sur l'Amérique, une mise en scène classique et discrète n'est donc pas rédhibitoire selon moi). Certaines scènes aussi peinent à faire monter la tension car le personnage principal n'étant pas développé, il est difficile de partager son intranquillité, ses doutes, et son auto persuasion finale.
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