Les modes sont cycliques : quarante ans après, les années 80 ont le vent en poupe : alors que Police Flash 80 est encore à l’affiche, c’est au tour du tandem Toledano/Nakache de jouer la carte du retour en arrière, pour leur premier film non contemporain. Si leur univers construit sur les liens, la comédie et la tendresse reste constant, ils embarquent leurs personnages dans un trip rétro qui a dû réjouir les décorateurs, costumiers et responsables de la direction artistique. Le film est un véritable musée immersif à la gloire des années 80, où l’on restitue les moindres détails d’une époque fort lointaine pour caresser la nostalgie dans le sens du poil. Si l’on fait remarquer certaines difficultés du moment (chômage, difficulté encore plus grande pour les femmes à prétendre à un emploi digne de ce nom), c’est surtout le plaisir à retrouver la saveur du passé qui prime, dans un esprit de catalogue qui finit par supplanter largement les autres enjeux du film.


On ne peut nier la bonne facture de l’ensemble : les acteurs sont très bons, et le couple Cottin/Garrel construit sur une alchimie évidente les montagnes russes entre complicité, fatigue et escalades des engueulades. Le second rôle attribué à Pierre Lotin fonctionne parfaitement, et construit une thématique parallèle sur l’amitié et l’ouverture à l’autre qui est probablement la plus intéressante du film.


Mais la somme des talents ne suffit pas à tenir l’ensemble, dans un film qui relève surtout de l’assemblage d’idées sans que l’unité finale ne puisse prendre forme. Multiplicité des récits sans réels aboutissement (le deal du frère, la famille catho directement pompée sur La vie est un long fleuve tranquille), passages musicaux qui ont tout de l’ameublement cache misère (dont la séquence dansée dans la cuisine, gratuite et forcée) s’accumulent dans un montage laborieux et sans ligne directrice. Toute l’arc sur la K7 vidéo, redondant et lourdaud, est franchement dispensable, d’autant qu’il se fonde sur une anachronie inacceptable, puisque le film La Ruée vers Laure ne sortira qu’onze ans plus tard (oui, j’ai vérifié).


En résulte une version longue de la bande annonce, agrégat de petites punchlines, d’instants décrochant des sourires, et une certaine tendresse un peu cheap. C’est d’autant plus dommage que certains éléments laissaient émerger la possibilité d’un regard un peu plus profond, notamment dans la jolie séquence alternée entre l’intérieur de la chambre et la dispute chuchotée des parents devant la porte. Lorsque le père fait remarquer à son épouse qu’elle a largement romantisé son départ de l’Algérie, la question du récit familial affleure, mais se limite finalement à une vanne sans suite.


Tout cela ressemble donc à une opération séduction qui saura probablement fonctionner sur le plus grand nombre. Et lorsqu’on constate que sa finalité est de faire l’éloge du vivre ensemble, autant souhaiter un large succès au film, histoire de reconnecter le pays à une époque où l’idée de l’extrême droite au pouvoir relevait de la dystopie.

Sergent_Pepper
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le 15 avr. 2026

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