Eric Toledano & Olivier Nakache avaient déjà touché du doigt le film rétro. « Nos jours heureux » et « Tellement proches » se déroulaient en effet dans les années 90, mais il faut avouer que la reconstitution restait timide. Car ici, on saut de pleins pieds dans la vie d’une famille de pieds-noirs, en 1985. Voitures, décors, aménagements, costumes, musiques : on se sent immergés dans cette époque… malgré quelques anachronismes.
Pour autant, comme en témoigne son titre, « Juste une illusion » n’est pas vraiment un film nostalgique, du moins pas complètement. Oui, il y a les références musicales, l’ambiance qui charmera sans doute ceux qui y ont grandi, l’utilisation ludiques d’éléments très pratiques de l’époque (gros téléphone à cadran, vidéoclubs, valise RTL…). Mais les réalisateurs insistent aussi (surtout ?) sur les défauts de ce temps-là.
La crise qui frappe le marché du travail, même les cadres. La structure familiale qui reste patriarcale, madame galérant à monter professionnellement, et monsieur ayant honte de son chômage. Le SIDA. Le racisme très présent. Néanmoins, les réalisateurs, très positifs, finissent évidemment sur une note enjouée !
Le scénario du film se veut comme une tranche de vie sur cette famille dysfonctionnelle en apparence. Les parents, Yves et Sandrine, passent leur temps à s’embrouiller. Les enfants, Arnaud et Vincent, ne font que se chamailler. Ce dernier étant tiraillé de toute part, entre la crise d’adolescence, une fille dont il est amoureux, et sa bar-mitsvah imminente.
Cela aurait pu donner l’illusion de tourner à vide sur deux heures. Sauf que les réalisateurs livrent des personnages très attachants et amusants. Ils sont aidés par de très bons comédiens : Camille Cottin, Louis Garrel, et aussi Pierre Lottin en concierge un peu limité mais très gentil. Néanmoins celui qui tire le plus son épingle du jeu n’est autre que Simon Boublil, jeu comédien adolescent (et fils de Philippe Torreton à la ville !). L’acteur fait preuve d’une très jolie sensibilité à l’écran, et a une belle énergie.
Un drame très sympathique.