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Avant toute chose, je tiens à dire que les deux premières saisons de Kaamelott me faisaient crever de rire. Il m'est arrivé de devoir mettre des épisodes en pause pour pouvoir respirer. C'était en apparence très con, les épisodes pouvaient être inégaux, mais dans l'ensemble, c'était vraiment bon. J'ai plus de mal à partir de la quatrième saison, quand Astier montre que sa capacité à mettre en scène une histoire audacieuse est assez limitée. Cela dit, les saisons V et VI ont de très bons moments. Astier n'hésitait pas à faire durer les scènes, quitte à donner l'impression qu'il ne se passe rien, et à donner à son récit une dimension tragique. Et puis certaines répliques étaient superbement écrites, notamment pour Pierre Mondy dans le livre VI :


Des chefs de guerre, y en a de toutes sortes : des bons, des mauvais, des pleines cagettes y en a. Mais une fois de temps en temps, il en sort un. Exceptionnel. Un héros. Une légende. Des chefs comme ça, y en a presque jamais.
Mais tu sais ce qu'ils ont tous en commun ? Tu sais ce que c'est ? Leur pouvoir secret ?
Ils ne se battent que pour la dignité des faibles.


Ça, ça avait de la gueule ! Mais voilà, si le point faible d'Astier c'est la mise en scène, est-ce raisonnable de se lancer dans un long métrage ? Je comprends qu'il veuille faire de Kaamelott "autre chose qu'une pastille", mais dans ce cas, qu'il l'écrive et confie la réalisation à un autre.

Parce que ce qui tient tout juste la route dans ce film, c'est son écriture et son scénario. Astier semble savoir où il va et remet efficacement Kaamelott (avec quelques grosses facilités scénaristiques quand même) sur les rails de la quête du Graal, malgré la direction tout autre que prenaient les dernières saisons. Il y a de bonnes répliques, d'autant plus qu'elles sont écrites sur mesure pour les acteurs, qui se donnent tous à fond. J'étais d'ailleurs étonné de voir que Clavier est l'un des personnages les plus drôles du film. Sa première réplique est parfaite, elle arrive juste au bon moment, toute la salle a éclaté de rire.

Là où c'est beaucoup plus maladroit en revanche, c'est cinématographiquement. Kaamelott : Premier Volet est réalisé comme un téléfilm. C'est bien beau de vouloir faire l'écriture, le tournage, le montage et la musique de son film, en plus d'interpréter le rôle principal, mais le résultat n'est pas bon. Je reconnais que la lumière, les couleurs, les décors et costumes sont réussis, mais le montage par exemple est tellement mauvais que ces qualités sont très insuffisantes pour créer une quelconque émotion. Tout est haché à la truelle, il y a beaucoup trop de coupes, il n'y a que ça en fait. Et le cadrage est extrêmement serré, les gros plans beaucoup trop nombreux. C'est juste étouffant (sans compter que ça gueule beaucoup plus que dans la série (Perceval n'était déjà plus drôle dans la saison V parce qu'il hurlait tout le temps)). Aucune scène ne se pose vraiment et. pas la moindre émotion ou empathie ne se développe réellement pour les personnages, qui sont bien trop nombreux et donc sous-exploités, alors qu'Astier savait le faire dans les saisons V et VI. L'histoire avance, trop vite même, mais au prix de l'émotion, des personnages. Astier ne pense pas ses mouvements de caméra, il n'y en a d'ailleurs presque pas à cause des coupes, qui n'ont elles-mêmes aucune signification. C'est très simple : il n'y a pas un silence entre deux répliques. Ils sont réduits à néant par le montage hystérique, à part pour une blague avec un enfonçage de porte et la fameuse scène entre Guenièvre et Arthur.

Quelques blagues fonctionnent bien, pour peu qu'on soit sensible à l'humour de la série et qu'Astier laisse durer un peu les séquences : quand un mec dit un truc du genre "Faut admettre, les Burgonde, ils sont cons, mais ils savent faire de la musique." et le répète trois ou quatre fois comme s'il en revenait pas, là le comique peut s'installer. Cette réplique est juste excellente. C'est comme le sketch du bon et du mauvais chasseur : quand le premier essaie d'expliquer la différence entre les deux, c'est sympathique, quand le deuxième répète exactement la même chose, c'est marrant, et c'est la troisième fois que ça décolle.
Ceci dit, ce décalage entre les vannes et le sérieux de l'histoire, d'un personnage comme Lancelot, ou entre la parodie et la qualité des costumes et des décors, est très bizarre. Le livre I marche parce que les décors sont inexistants, parce qu'il n'y a pas de budget et que ça se voit. Mais dans une grosse production, le côté parodique ne fonctionne plus très bien. Il y a des moments drôles, mais rien qui n'égale les premières saisons. C'est comme si le drame et la comédie s'annulaient entre eux. Il reste de la comédie quand même, mais la dictature de Lancelot ou les envies suicidaires d'Arthur, on s'en fout totalement à cause de l'humour et du manque de mise en scène.
Astier a d'autant plus de mal avec le grand écran qu'il doit gérer pour la première fois un budget assez conséquent. Et ça pose deux problèmes. Paradoxalement, le budget est à la fois trop élevé et insuffisant.
Insuffisant parce que les images de synthèse sont assez ratées, pas catastrophiques mais ratées quand même. Mais à la limite, si la mise en scène suivait, ça pourrait quand même marcher. Les CGI sont dix fois pire chez Tsui Hark (elles sont ignobles, genre Le Roi scorpion (que j'ai pas vu, mais j'ai vu la scène qui a traumatisé des milliers de gosses à travers le monde)) et ça n'empêche pas à Detective Dee d'être très bien (pour peu que je m'en souvienne). Mais en l'occurrence, les scènes d'actions sont nulles, le duel entre Lancelot et Arthur est plat, rien de plus qu'un mauvais copié-collé de celui entre Vader et Luke dans Return of the Jedi.
Mais d'un autre côté, le pognon dont dispose le film crée une facilité qui rend la réalisation d'autant plus paresseuse : il ne se passe jamais rien hors du cadre. Dans la série, on ne voyait jamais réellement le château de Kaamelott, mais notre imagination faisait le travail : dans un épisode, on nous parle du toit qui tombe en lambeaux, on voit différentes pièces, du désordre, grâce aux paysans on comprend qu'il y a de la vie autour, on voit à plusieurs reprises des forêts qui sont censées entourer le château, et même si c'est filmé avec trois bouts de mur, cinq peupliers et quelques objets en vrac, on y croit. Alors quand on voit pour la première fois ce château de Warcraft en CGI ratée, banal, tout lisse, au milieu de rien, tout ce qu'on imaginait est réduit à néant. Il y a un équilibre à trouver entre ce qu'il faut montrer et ce qu'on peut suggérer. Les flash-backs qui n'apportent rien à l'histoire pouvaient être mis de côtés, ça aurait pu permettre de rajouter trois fermes, un pont et une forêt autour du château. Et pourquoi pas filmer un vrai château, ou une maquette, ou mélanger différentes techniques ?
C'est pareil pour la partie de Robobrol. J'ai bien aimé, mais c'est tellement plus drôle dans la série quand Perceval et Karadoc expliquent les règles débiles de leur jeu dans une taverne, ou quand le Roi Burgonde fait n'importe quoi avec ses figurines et qu'Arthur le bat en faisant la même chose. L'humour de Kaamelott a besoin de hors champ et d'une esthétique un peu cheap pour fonctionner.

Enfin, je ne sais pas trop quoi dire sur la musique. Elle est sur YouTube et j'en ai réécouté une partie, mais je ne la retiens pas, à part Arthur à la Tour (qui ne transcende rien non plus ; elle a dû retenir mon attention parce que la mise en scène se pose un peu à ce moment du film et nous laisse la possibilité de l'écouter). Elle est oubliable alors que les trois coups de trompette (ou plutôt de cor) de la série, le générique des saisons V et VI, le thème de Méléagant et les quelques notes lors du passage sur "la dignité des faibles" m'ont immédiatement marqué à l'époque.

Pour ceux qui se demandent s'ils doivent voir la série avant le film, je dirais que celui-ci est à la fois pensé pour les fans et les néophytes, donc théoriquement, tout le monde peut le voir, mais dans les faits, ça pose problème. Une partie de l'humour repose sur du réchauffé de la série, du fan service qui ne fera rire que ceux qui connaissent les personnages (citations de Loth, goinfrerie de Karadoc, jeux incompréhensibles du Pays de Galles). Et ça ne vaut pas que pour l'humour : qu'est-ce qu'on peut en avoir à foutre du baiser entre Arthur et Guenièvre si on ne connaît pas la relation conflictuelle entre les deux ? Et puis d'un autre côté, plusieurs répliques ne sont que des tentatives forcées et maladroites d'expliquer aux nouveaux ce que les vieux de la vieille savent déjà : le passage avec la Dame du lac, où Arthur dit littéralement "C'est la Dame du lac !" et elle qui répond "Plus maintenant, j'ai été bannie par les dieux !" sonne complétement faux par exemple. Et parfois, c'est les deux en même temps : on réchauffe la vieille blague sur Provençal le Gaulois et on l'explique juste après pour que les nouveaux comprennent...

Pour conclure, ce premier volet de Kaamelott parvient à faire avancer l'histoire, à faire rire par moments, mais il n'est pas du tout à la hauteur de ses ambitions. On ne ressent absolument pas les enjeux et les émotions qu'Astier voudrait nous faire passer. Il se perd entre le drame et la comédie, entre son nouveau public et les fidèles qui attendent depuis douze ans.
Je préfère encore un truc bien déprimant comme la saison V, avec peu humour, mais qui prend le temps d'installer une ambiance, d'explorer les côtés sombres de son protagoniste. La saison VI était peut-être le meilleur équilibre entre le comique et le sérieux. Pour ne pas entacher l'épique du film, il aurait peut-être fallu rester sur cette tonalité.
En tout cas, plus j'y repense et plus je vois les défauts donc je vais éviter de trop y repenser, histoire de donner une chance aux volets suivants. Astier devrait rester à l'écriture et à la direction d'acteurs dans les suites (mais avec moins d'acteurs à la fois), mais il faut qu'il tente quelques trucs avec sa caméra ou qu'il refile ce travail à un autre, et surtout, qu'il ne touche plus jamais à un logiciel de montage.

Beorambar
4
Écrit par

il y a 11 mois

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9 commentaires

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Skorm
4

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