Je ne suis pas très bonne cliente pour les comédies, sauf si elles sont bon enfant ou musicales. Les deux qualités principales de celle-ci, qu'on a vue en avant-première dans notre tout nouveau cinéma rebaptisé le Cyclope, à la faveur d'une soirée karaoké organisée autour de la projection. Autant dire qu'on a passé un bon moment, loin de l'affluence folle des soirées citadines, dans notre dynamique cambrousse. A l'écran, un tandem dont je ne connaissais que la moitié canonique, Michèle Laroque, vue dans la pièce Ils s'aiment lors d'une tournée en régions (à l'époque où on disait encore en province...). L'occasion donc de découvrir la deuxième moitié, une humoriste dont j'ignorais absolument tout jusqu'à hier soir, puisque je suis allergique à l'humour, comme il est désormais amplement démontré et admis. Le film fonctionne sur ces mécanismes classiques de tensions dans un binôme dépareillé : une diva opératique et une femme de chambre de l'hôtel de luxe dans lequel la première réside depuis toujours, parce qu'elle ne possède rien d'autre que son talent et dépend totalement de ses employeurs et du public. Laquelle des deux est donc la plus enviable ? Hein ? On nous pose la question. La coincée adulée mais démodée ou la ménagère de moins de cinquante ans issue de la diversité, autre jolie expression contemporaine dont on a même oublié l'équivalent antique, et accablée par la charge mentale (néologisme également) dévolue à toutes les femmes ? On sait qu'on aime se moquer des snobs en France, donc la balance est déjà bien plombée côté Mozart. Et qu'Aya Machinchose (découverte par mes soins cette semaine à l'occasion d'une polémique dont l'issue m'indiffère parfaitement) n'a pas la vie facile dans notre vieille nation réactionnaire. La musique peut-elle réconcilier ces deux mondes que tout sépare ? Je vous laisse deviner... Evidemment, ça n'est pas l'originalité qui va distinguer ce film gentillet qui ratisse plutôt large, mais il me faut avouer que j'ai pas mal gloussé devant les mines de dindon effarouché de Michèle Laroque confrontée aux assauts de la culture populaire à la mode, et les mimiques butées de sa rigolarde consœur (qui m'a souvent fait penser à la Whoopi Goldberg de Sister Act ) en butte aux rebuffades constantes qui attendent les Français pas exactement pâlichons. L'ombre d'un certain Sofitel newyorkais n'est jamais vraiment loin non plus. Bref, de quoi s'occuper la tête, les zygomatiques et les oreilles sans s'éreinter le neurone.