Keep Rolling, c’est un docu qui serait à Ann Hui ce que le Cinéastes de notre temps d’Assayas fut à Hou Hsiao-hsien. Le film est signé du directeur artistique d’In the mood for love. On y trouve comme intervenants les amis d’études de la cinéaste (Tsui Hark, Nansun Shi), ses acteurs/actrices (Andy Lau, Sylvia Chang), les jeunes et moins jeunes qui l’admirent (HHH, Yonfan, Derek Yee, Tian Zhuangzhuang, Jia Zhangke), les collaborateurs (Stanley Kwan, le génial directeur du son de Hou Tuu Du-chih, le chef op’ taïwanais de Wong Kar-wai et Hou Mark Lee Ping-bing) et une autre réalisatrice pionnière (Josephine Siao).
Et surtout ça commence par répondre à la question : la Nouvelle Vague HK, c’était quoi ? Réponse : d’abord des gens qui se sont formés comme Ann Hui à la TV locale et sont passés au grand écran avec l’idée de sortir HK des formules cinématographiques passées, de porter des sujets nouveaux. Cela commence comme une interview/biographie dans laquelle Ann Hui et/ou les intervenants racontent son côté studieux à l’université lui valant des ennuis des autres élèves, sa mère qui la battait, la difficulté d’avoir une mère japonaise quand on sait les rapports sino-japonais, le séjour londonien et la rencontre avec son mentor King Hu. A ce stade les extraits de Song of the exile rappellent le caractère d’autobiographie glamourisée (via le double fictif de la cinéaste Maggie Cheung) du film avec notamment Maggie Cheung à vélo dans Londres au son de Mr Tambourine Man.
Le principe de la suite sera globalement de suivre Ann Hui en tournage, au quotidien, dans la promo et les cérémonies pour parler de sa façon de travailler et surtout retrouver dans la vie quotidienne d’Ann Hui son cinoche revenant sous forme d’extraits de films. Où l’on verra qu'une cinéaste de première importance peut être sur les plateaux un grand cinéaste dictateur comme les autres. Et où la façon de tenir la clope de la cinéaste (qui fume comme une pompe sans qu’on soit en mode nuage de fumée gainsbourien) se retrouvera chez ses actrices, le rapport à sa mère dans A Simple Life, les lieux de HK qui la passionnent dans ses films, sa double origine Japon/Mainland via le thème des réfugiés et de l’immigration, sa culture littéraire dans son diptyque wu xia… Des longueurs sur la fin mais c’est pas grave. Et surtout une immense punchline en coulisses de promo sur le Continent : « Ils me parlent que de film féministe, ils m’emmerdent. ».
Et le titre ? Parce qu’elle a besoin de faire des entrées, parce qu’elle n’est pas une cinéaste protégée par des mécènes, parce qu’elle a un besoin vital de tourner. Sur la fin on la voit s’être orientée comme bien de ses contemporains vers le Mainland et revenir à HK en espérant faire des films sur les changements actuels de l’ex-colonie britannique. Bonne chance.