Un milieu artistique new-yorkais à baffer, de l’autobiographie frontale à scènes de fesses, un héros qui se complaît à subir, de grands discours impudiques en public, une flopée de tics naturalistes… Comment ce film, qui fait un véritable triathlon des clichés de l’indé américain, parvient à être autre chose qu’un produit Sundance ? <em>Keep the Lights On</em> est un petit miracle, dont on peine à comprendre la recette. À y regarder de plus près, Ira Sachs semble tenir quelque chose dans son sens de l’ellipse : la relation de dix ans est moins "résumée" que recomposée, façon patchwork mental, par quelques moments-clé qui en distillent l’essence. Plus qu’à des péripéties du couple, ces segments renvoient chacun à un affect, à un état intérieur du personnage principal, souvent lié à une lumière : c’est un récit en photosynthèse, ultra-sensible aux tensions ambiantes, où les lueurs froides du jour dehors rencontrent le doré d’une lampe de chevet, où la pénombre urbaine dialogue avec le soleil rural. Ainsi, brique par brique, le film dessine un cheminement intime et mystérieux, qui dépasse les enjeux de la relation elle-même. Et si Ira Sachs peine à toujours bien tenir la barre dans sa seconde partie, il rejoint sans peine ce front de la douceur (Weerasethakul, Guiraudie, Hou Hsia-Hsien…) qui s’est constitué face au cinéma violent des années passées, et qui irradie dans ce film plein d’attentions, dont les images étranges et froufrouteuses sont comme une série de caresses.
(<a target='_blank' rel='noopener noreferrer' href="https://www.underthedeepdeepsea.com/notes-sur-les-films-vus-8/">source</a>)