Kids est vraiment un film dont il faut se donner l'occasion de regarder. Ce qu’on voit avant-tout dans ce film, ce sont des adolescents complètement livré à eux-mêmes. Quasiment aucun adulte n'est montré durant tout le film, mis à part un pauvre skater qui se fera massacrer la gueule par les copains du principal protagoniste, et une mère allaitant son enfant la TV allumé, ne faisant quasiment même pas attention à son gamin qui passe. Aucune institution d’encadrement pouvant contenir cette vitalité juvénile n’est présente : pas d’école, pas de clubs de sports ou d’associations de quartier, et surtout évidemment aucun cadre familial. Larry Clark frappe fort en laissant un champ d’autonomie totale à ces ados, que nous pouvons observé dans l’expérience visuelle d’un New York saisi par la chaleur de l’été. Le caractère malsain du protagoniste principal, voyant dans de jeunes vierges un terrain de conquête propice à remplir le vide institutionnel de sa présence dans cette immense ville, parait en harmonie avec la dépravation générale à laquelle cette société urbaine s’est donnée.
Kids s’apparente alors à une véritable critique du libéralisme culturel, choquant dans sa manière de dérouler sous les yeux du spectateurs les conséquences du projet de société américain, où la délitement des structures sociales traditionnels d’intégration agit abandonne à leur propre sort des gamins sans aucune forme de moralité, aboutissement d’un individualisme et d’une culture de la jouissance permanente, me laissant en tête la fameuse citation de Clémenceau : « La société américaine est la seule à être passé de la barbarie à la décadence, sans passer par la civilisation entre les deux ».
A se demander presque si, sorti quelques années plus tard, Battle Royale de Kinji Fukasaku, n’est pas une réponse proprement japonaise à cette décomposition sociale.